Du numérique aux universités : SA7 accélère l’intégration du fact-checking dans le monde arabe
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SA7En dix mois, le projet SA7 a renforcé les bases de l’écosystème du fact-checking dans plusieurs pays du monde arabe. Développement d'outils innovants, intégration de la vérification des faits avant publication dans les rédactions, soutien aux organisations et ancrage universitaire : retour sur dix mois d'avancées concrètes.
Montée en puissance des outils numériques et du fact-checking dans les processus éditoriaux
Le chatbot du réseau arabe de vérification des faits (Arab Fact checkers Network - AFCN) et la marketplace sont deux outils développés dans le cadre du projet SA7. Le premier vise à vérifier les faits en arabe et le second à rationaliser le flux de travail entre les vérificateurs et vérificatrices de faits et les organisations médiatiques. Ces outils ont poursuivi leur évolution, intégrant de nouvelles fonctionnalités basées sur l’intelligence artificielle et améliorant leur accessibilité.
Crée par ARIJ (Arab Reporters for Investigative Journalism), le chatbot poursuit son adoption. Depuis juillet 2024, 6 262 personnes ont découvert le chatbot, dont 1 500 au cours des dix derniers mois. Parmi elles, 757 l'utilisent régulièrement. Plus de 450 contenus ont été vérifiés dont 10% par l’Intelligence artificielle (IA). Sur le plan thématique, 24% des requêtes portaient sur la guerre en Palestine et 18 % sur la politique.
Côté réseau, l’AFCN a intégré 3 nouveaux membres au sein du marketplace, portant l’équipe à 17 vérificateurs et vérificatrices de faits (dont 44 % de femmes) venant de 7 pays arabes (Bahreïn, Égypte, Jordanie, Liban, Palestine, Tunisie et Yémen).
L’outil a permis d’accompagner 4 organisations médiatiques - Raseef22 (panarabe/Liban), Muwatin (Pays du Golfe/Oman), Palgraph (Palestine) et Siraj (Syrie) - dans l’intégration du fact-checking avant publication, notamment pour 5 enquêtes et 6 rapports approfondis.
8 autres médias de la région ont par ailleurs récemment intégré de nouvelles techniques de vérification de l’information avant publication à la suite de leur participation à 3 sessions de formation en ligne (bases & élaboration d’une démarche de fact-checking, plateforme de vérification vidéo InVID, archivage Web).
Ces deux dynamiques portent à 12 le nombre d'organes de presse qui utilisent désormais la marketplace pour vérifier leurs informations en amont de la publication. Une montée en compétences qui contribue directement à la qualité de l'information et à la lutte contre la désinformation.
Filet de sécurité pour les organisations les plus exposées
Dans un contexte de contraction des financements internationaux, le projet SA7 a apporté un soutien financier à 9 organisations spécialisées dans la vérification des faits dans 6 pays (Égypte, Jordanie Liban, Palestine, Tunisie, Yémen). Ces subventions ont permis la production de contenus de qualité et fiables (636 rapports de vérification), tout en contribuant à maintenir les équipes en activité (dont plus de 20 vérificateurs et vérificatrices) et à garantir la continuité des opérations dans des contextes souvent fragiles. Un soutien indispensable dans un contexte de désinformation grandissante.
Le pari universitaire : former la prochaine génération de fact-checkers
L’un des succès du projet SA7 est la réalisation d’un curriculum universitaire de fact-checking en langue arabe. Il a été finalisé et officiellement annoncé pendant le Forum ARIJ, événement annuel réunissant des acteurs et actrices des médias de la région, qui s’est déroulé du 5 au 7 décembre 2025 à Amman, en Jordanie (https://arabfcn.net/fact-checking-curriculum/ ).
21 membres du corps enseignant venant de 18 universités de 12 pays (Algérie, Bahreïn, Égypte, Irak, Jordanie, Liban, Libye, Maroc, Palestine, Somalie, Soudan, Yémen) ont suivi une formation à ce curriculum, posant ainsi les bases de son intégration durable dans l’enseignement supérieur.
Édité sous forme de guide, le curriculum a été consulté par 971personnes et téléchargé 436 fois en 24 jours ; sa version papier a été largement diffusée lors du Forum ARIJ. C’est une avancée structurante pour le renforcement des connaissances du monde académique, pour une meilleure intégration du fact-checking dans les formations universitaires et dans les sociétés.
Préparer l'avenir du réseau
Le Forum ARIJ a également été l'occasion de réunir 32 membres du réseau AFCN venant de 14 pays, pour des échanges portant sur les réalisations du projet et son avenir. Ainsi, les membres ont pu dresser un bilan des cinq années d'activités de l'AFCN, mais également réfléchir collectivement aux priorités et à la feuille de route de l'AFCN pour les cinq prochaines années.
Parmi les priorités identifiées :
- des formations en rédaction de projets afin d’obtenir des financements indépendants et d’assurer la pérennité des organisations émergentes ;
- la mise en place d’un « cadre juridique protecteur » et un soutien en matière de sécurité numérique contre le piratage et les pressions politiques, en particulier dans les zones de conflit ;
- un appel unanime en faveur d’une transition de la formation de base vers des compétences techniques avancées, notamment en intelligence artificielle (IA), OSINT, analyse de données et mesure d’impact ;
- des demandes de soutien massif aux initiatives d’éducation aux médias et à l’information.