Quand les journalistes et la société civile se retrouvent dans la même pièce : les enseignements de la Zambie
Projet associé
AGILEBien que les médias façonnent la perception du public, la couverture médiatique des groupes marginalisés en Zambie repose souvent sur des stéréotypes et des récits fondés sur la pitié, plutôt que sur une approche fondée sur les droits.
Les radios communautaires, qui jouent un rôle essentiel pour atteindre les audiences rurales, peinent à produire des contenus nuancés en raison de contraintes de ressources. Pour remédier à ce problème, l’initiative AGILE, financée par l’Union européenne, a organisé un atelier de trois jours sur la diversité et l’inclusion à Lusaka, du 5 au 7 mai 2026.
Organisé par CFI et soutenu par Istorias Media et les Bloggers of Zambia, cet événement a réuni vingt personnes participantes, parmi lesquels des journalistes, des rédacteurs et redactrices en chef, des représentants et représentantes de la société civile ainsi que d’organisations de personnes en situation de handicap, issus de cinq provinces zambiennes.
Cet atelier a favorisé le développement des compétences et le dialogue intersectoriel, jetant ainsi les bases d’une future collaboration.
Partager ses compétences plutôt que de travailler en vase clos
Cet événement a permis de faire tomber les barrières en réunissant autour d’une table des représentants et représentantes de la société civile et des journalistes. Pour les formateurs et les formatrices en communication, le fait d’entendre directement les bénéficiaires exprimer leurs besoins a marqué un tournant, les deux parties ayant fait preuve d’une volonté de comprendre leurs contraintes respectives, tant professionnelles que personnelles. Un exercice de mise en réseau a permis de recenser les compétences des personnes participantes, révélant ainsi un écosystème au sein duquel elles pouvaient échanger leur expertise en matière de journalisme d’investigation contre une formation à la production multimédia et un accès à des données sur le genre.
Face au manque de confiance qui entrave les relations entre la presse et la société civile, les membres de cette cohorte ont collaboré à l’élaboration d’un Guide pratique à l’intention des journalistes et de la société civile.
Fondé sur les principes de responsabilité et de consentement, ce cadre exige des parties prenantes qu’elles accordent la priorité à la sécurité, qu’elles prennent régulièrement des nouvelles de leurs sources et qu’elles anonymisent les noms lorsque cela s’avère nécessaire.
À l’inverse, les membres de la société civile ont établi des lignes directrices sur la définition des limites et le droit de se rétracter. Ce cadre a été testé lors d’une simulation en salle de rédaction, ce qui a aidé les personnes présentes à faire face à des dilemmes rédactionnels.
Le Story Pitch Lab : de la théorie à la pratique
Le dernier jour, la théorie s’est transformée en action lors du Story Pitch Lab. Les journalistes ont collaboré avec des organisations de la société civile pour développer des projets de reportages, et un jury a sélectionné trois concepts qui bénéficieront d’un soutien au développement.
Les projets retenus portaient sur une enquête concernant les obstacles empêchant les femmes de se présenter aux élections, une analyse des raisons pour lesquelles les coopératives dirigées par des personnes en situation de handicap peinent à accéder au Fonds de développement des circonscriptions à Kabwe, et une exploration des difficultés liées à l’hygiène menstruelle rencontrées par les personnes en situation de handicap dans les zones rurales.
L’atelier de Lusaka a montré que le journalisme inclusif ne se limite pas à la simple formation des journalistes ; il implique également de rétablir la confiance entre les médias et les communautés dont ils traitent l’actualité. Lorsque les journalistes et la société civile s’unissent, de nouveaux reportages voient le jour.
Alors qu’AGILE poursuit son action à l’échelle mondiale, les cadres et les outils développés en Zambie serviront de référence pour les activités futures et viendront enrichir le corpus croissant de données démontrant qu’un journalisme fondé sur les droits et centré sur les communautés peut prospérer, même dans des contextes où la liberté de la presse est restreinte.