Benoît Califano

16 novembre 2021

"L’actualité des printemps arabes nous a vraiment incités à accompagner cet essor démocratique."

Benoit Califano est directeur de l’ESJ Pro Montpellier depuis 12 ans, après avoir été formateur à l’ESJ de Lille et Montpellier. Il a également été documentariste à la télévision pour France 5 et Arte ainsi que journaliste à France Inter. Il évoque les projets de formation de l’ESJ Pro Montpellier avec les jeunes journalistes du monde arabe menés depuis 2011.

benoit califanoAu lendemain des printemps arabes, un double enjeu est apparu avec l’émergence de deux types de profils de journalistes. D’une part, il y avait toute cette jeunesse un peu dissidente, très présente sur les réseaux sociaux et la presse alternative, et qui avait une volonté de se professionnaliser.
Il fallait donc accompagner cette génération qui n’avait pas été formée au journalisme et allait prendre sa place dans le paysage médiatique du pays. Et, d’autre part, il y avait les journalistes qui n’avaient plus pratiqué de journalisme libre pendant des années, comme en Tunisie sous Ben Ali, et qui devaient se “re-professionnaliser”
, raconte Benoit Califano.

L’ESJ Pro Montpellier a ainsi lancé des projets en Tunisie et en Algérie afin de rapprocher écoles de journalisme et écoles d’application professionnelle. L’enjeu dans ces deux pays était de réformer les curricula en introduisant des enseignants professionnels dans les cursus, grâce à des ateliers pratiques. L’école a travaillé avec l’IPSI (Institut de Presse et des Sciences de l’Information) de Tunis sur cet objectif, et, de manière plus globale dans tout le pays, sur des formations de formateurs et formatrices – notamment sur le web – et des activités autour de l’enquête d’investigation.
Avec le CAPJC (Centre Africain de Perfectionnement des Journalistes et Communicateurs) a été lancé, en partenariat avec CFI, un cursus diplômant d’un an sur l’information de proximité destiné à de jeunes journalistes et animé par des formateurs de l’ESJ Pro.
Son but : créer un sas de professionnalisation avant d’intégrer le monde du travail.

En Algérie, l’ESJ Pro a également œuvré à la réforme des curricula de l’école de journalisme d’Alger (l’ENSJSI). Une convention de partenariat a été signée afin de faciliter leur coopération vis-à-vis des autorités. Au programme : plusieurs formations de formateurs et des ateliers de production avec les élèves. Lors du Salon du livre d’Alger, par exemple, un groupe de l’ENSJSI a couvert l’événement grâce à la création d’une salle de rédaction. L’ensemble de leurs productions a ensuite été proposé aux médias partenaires.
En plus de rapprocher le monde de l’école de celui des médias, un autre axe important était consacré au renforcement des ateliers pratiques face aux cours théoriques. Comme l’explique le directeur de l’ESJ Pro Montpellier : Nous avons constitué des binômes de formateurs, l’un issu du média et l’autre de l’école, pour favoriser le transfert de compétences. Cette dynamique a été appliquée avec la radio publique algérienne, qui souhaitait former ses jeunes journalistes. Un cursus de formation a alors été proposé aux journalistes en interne, afin qu’ils puissent devenir formateurs pour leurs propres journalistes.

À l’école, nous sommes convaincus qu’il n’y a pas de construction d’un édifice démocratique sans consolider ces piliers que sont la formation, la liberté de la presse et la qualité de l’information.

Avec le soutien de CFI, l’ESJ Pro a également coopéré avec les écoles de journalisme de Jordanie sur des projets de formations de formatrices et formateurs, et de mise en place d’ateliers pratiques professionnels au sein des cursus. En parallèle, des journalistes en activité ont été formés aux nouveaux médias et aux nouvelles pratiques du web.
L’actualité des printemps arabes nous a vraiment Cette jeune génération de journalistes a été porteuse d’un grand espoir en termes de liberté de la presse et de qualité de l’information, souligne Benoit Califano. Mais le principe de réalité a un peu rattrapé tout le monde et, aujourd’hui, nous ne sommes pas arrivés là où nous l’espérions, dans les médias comme dans les défis démocratiques.
Subsistent néanmoins des liens très forts, tissés au fil des années, entre ces journalistes des deux rives de la Méditerranée.


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