Genre et conflits au programme des radios de MédiaSahel

7 octobre 2021

Médiation, modération, conscientisation… Ces mots parlent désormais davantage aux bénéficiaires du cycle consacré au journalisme sensible au genre et au conflit, lancé en mai 2021 au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Retours d’expérience.

Au Mali, Rachelle D. de la radio Parana dans la localité de Ségou, revient sur le speech empowerment, un outil de libération de la parole utilisé par les formatrices et formateurs pour les aider à mieux s’exprimer devant un auditoire. "J’ai été marquée par le speech empowerment, qui consiste à savoir comment se tenir devant un public, pour parler et convaincre. Je pense que ma conception des choses a évolué depuis la formation. J’adopte de plus en plus un langage épicène, qui rappelle qu’il y a des hommes mais aussi des femmes. Je me positionne mieux en tant que journaliste médiatrice et modératrice, en temps de crise notamment. Depuis, je ne fais que prodiguer des conseils au sein de ma rédaction, je parle genre, j’agis genre. L’intervention de la comédienne Awa B. a été également très intéressant. Je retiens surtout d’elle sa référence à la femme qui pourrait finir par cesser d’exister, à force de supporter et d’encaisser les coups, sans ne jamais rien dire."

Instaurer des changements pérennes au sein des rédactions

Jacques T., directeur de la radio de Kaya, région du Centre-Nord du Burkina Faso, a quant à lui approfondi ses connaissances en matière d’application du concept de genre, ainsi que sur la posture qu’un journaliste doit adopter en période de conflit. Il a été plus touché par ce deuxième module, qui fait écho à son contexte actuel. "Je travaille dans une zone en pleine crise sécuritaire et ce module m’a permis d’échanger sur les méthodes, les astuces, les attitudes à tenir lorsque nous travaillons sur un sujet sensible au conflit ". Les responsables de radio participaient pour la première fois, depuis le début du projet, à des formations thématiques, afin d’instaurer des changements pérennes au niveau de leurs rédactions. "Je tiens à saluer l’implication des directrices et directeurs, car ce sont eux qui orientent leurs équipes sur la ligne éditoriale à tenir. Ce sont les personnes en charge de l’organisation des services et donc à même de sensibiliser le personnel des radios aux différents concepts", a-t-il ajouté. 

Repérer les stéréotypes de genre et essayer de s’en défaire

Au Niger, la journaliste Zouera de la radio Scout de Niamey revient sur l’attention particulière qu’elle porte désormais à ses contenus, afin de ne pas véhiculer de stéréotypes liés au genre. "Ici, au Niger, il y a des stéréotypes que nous ne percevons pas comme mauvais, ce sont des choses que nous avons tendance à juger normales. Dans nos émissions à la radio, nous avons tendance à les reproduire, à en faire presque que de la propagande, sans nous apercevoir du fait qu’ils peuvent être source de certains types de conflits. Mais grâce à la formation nous avons appris à les repérer, à essayer de nous en défaire. Comprendre que beaucoup de ces préjugés sont des constructions socio-culturelles est un grand pas. Le module genre a été réellement inspirant pour moi et je compte poursuivre mon apprentissage sur ce sujet, car j’aspire à me spécialiser sur la thématique du genre, devenir peut-être une bonne journaliste experte genre", a-t-elle expliqué. 

Au total, 144 responsables et journalistes de 73 radios partenaires de MédiaSahel au Burkina Faso, au Mali et au Niger ont été formés sur les thématiques du journalisme sensible au genre et au conflit. La prochaine étape du projet sera le suivi in situ, au sein des rédactions des radios partenaires, des acquis de ces formations et des engagements pris.

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