Covid-19 et MédiaSahel : des initiatives locales soutenues pour accompagner les populations

5 octobre 2020

Le projet MédiaSahel a soutenu des initiatives locales de sensibilisation et de prévention à la Covid-19 au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Portées par des jeunes, ces actions étaient axées principalement sur une sensibilisation de proximité, un appui aux personnes vulnérables, et la production de contenus médiatiques (spots de sensibilisations, interviews, vidéos web, sketchs).

Plus de 300 dossiers de candidatures reçus. Le très grand succès rencontré par l’appel à candidature lancé en mai 2020 par le projet MédiaSahel pour permettre à des jeunes du Burkina Faso, du Mali et du Niger de contribuer à la sensibilisation des populations de leurs localités aux enjeux du coronavirus témoigne de la volonté de la jeunesse sahélienne de prendre une part active à la lutte contre la pandémie. Les projets sélectionnés, dix par pays, ont bénéficié d'accompagnements techniques et financiers à partir de juin 2020.

Au Burkina Faso, un projet de sensibilisation à travers le théâtre a été mis en place par Harouna Gouem, jeune metteur en scène et coach de théâtre d’improvisation. "Cet appel à projet a été pour moi l’opportunité de m’exprimer sur la pandémie et surtout d’apporter ma pierre dans la lutte contre la maladie. J’étais convaincu de pouvoir apporter quelque chose de plus à la lutte contre la pandémie grâce à la discipline artistique."
Son projet, qui a mobilisé des associations et des médias, consistait d’abord à aller vers les jeunes des zones mal loties et des quartiers périphériques de Ouagadougou pour leur présenter des représentations théâtrales de 5 à 10 min sur les dangers du coronavirus et les moyens de s’en prémunir. Un débat était ensuite organisé entre le public et la troupe des comédiennes et comédiens. L’objectif de ce "théâtre forum" était d’amener les jeunes à s’exprimer sur la pandémie, chaque représentation traitant d’un thème d’actualité. Les représentations se déroulaient dans des kiosques, des maquis, des cabarets et d’autres lieux de rencontres dans les quartiers. Elles étaient aussi diffusées en direct par une radio partenaire ainsi qu’en vidéo sur Facebook live afin de toucher le maximum de personnes dans le respect des règles barrières.

Pour Harouna Gouem, alias le "journaliste Facebook", cette activité a rencontré un très grand succès. Le public présent sur place s’est beaucoup investi dans les débats et les retours sur les réseaux sociaux ont été nombreux et très positifs." Je reçois de nombreux messages de félicitations. Je suis passé de 350 à 5000 abonnés entre le début de l’activité et maintenant. Les internautes continuent de partager, d’aimer et de commenter les vidéos qui sont toujours disponibles sur ma page. Certaines vidéos ont eu plus de 200 000 vus, ce qui est énorme."
Des messages encore visibles sur Facebook attestent en effet d’un bel engouement : "J'appelle ça du professionnalisme", "Très beau et le forum prouve que le message est passé sans trop de tchinka-yika (rentre dans une oreille et sort dans l’autre)" ; "Je suis très content de savoir que vous faites dans la sensibilisation de proximité."

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Représentation du "journaliste Faceboock" - Crédit photo : Harouna Gouem


Certaines vidéos ont atteint des audiences particulièrement élevées. Celle intitulée "Campagne politique et Covid-19", par exemple, a été visionnée plus de 233 000 fois, partagée par près de 4000 personnes et reçue un total de 257 commentaires. Fort de ce succès, l’équipe du "journaliste Facebook" envisage une poursuite du projet, avec comme nouvelle thématique "Reprise des cours et Covid-19".

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Représentation du Journaliste Faceboock – Crédit photo : Harouna Gouem


Au Mali, Oumar Barry a initié un projet visant à sensibiliser les populations du cercle de Yélimané dans la région de Kayes. A la suite d’une session de formation aux enjeux du Covid-19 avec un professionnel de santé, douze jeunes membres d’associations ont été dotés d’outils d’information et de sensibilisation. Des spots radiophoniques ont été enregistrés dans trois langues (bambara, soninké et peul), diffusé trois fois par jour aux heures de grande écoute pendant deux semaines, et partagés sur les groupes WhatsApp des associations partenaires. Des émissions radiophoniques ont aussi été produites et animées par des jeunes sous un format interactif afin que les auditrices et auditeurs puissent contribuer aux débats à travers des témoignages ou en posant des questions. Grâce à ces émissions, également diffusées à des heures de grande audience, les radios partenaires estiment que chaque émission a pu toucher près de 100 000 personnes, soit plus de la moitié de la population du cercle de Yélimané qui est estimée à environ 180 000 habitants.

Oumar Barry, le porteur du projet, tire un bilan très satisfaisant de cette initiative : "Nous avons ressenti une implication des jeunes de Kayes et de la population en général. Aussi, les radios avec lesquelles nous avons travaillé ne proposaient pas de bulletin d’information sur la maladie, mais depuis les émissions que les jeunes ont animées, nous avons observé une prise de conscience et maintenant, de bonnes informations sont diffusées. Le projet a également généré d’autres initiatives ; les jeunes qui nous ont accompagnés étaient membres de la Jeune chambre internationale et après notre projet, ils ont entamé d’autres activités de sensibilisation pour accompagner les populations. Nous sommes ravis de cela."

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Session de formation à Yélimané – Crédit photo : Oumar Barry
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Session de formation à Yélimané – Crédit photo : Oumar Barry


Au Niger, l’ONG Rassemblement d’appui au développement durable inclusif (Raddi) cofondé par Safiatou Moussa a mis en place un projet visant à sensibiliser les jeunes défavorisés, et à leur apporter une assistance matérielle. Le cœur du projet consistait à produire des messages de prévention à la Covid-19 dans différentes langues de la région de Zinder et à les faire diffuser par des radios communautaires à une fréquence régulière.
"Il était important d’être aux côtés de cette cible, car étant démunie, elle n’a souvent pas accès à l’information ou n’a pas les moyens de comprendre les contenus", explique Safiatou Moussa. Selon elle, "la population a été très réceptive, les gens ont apprécié les spots, ils sont même devenus des sortes de distraction que les enfants ne voulaient pas rater pour pouvoir répéter les messages et se vanter d’être le premier à les comprendre et les appliquer. Cela a poussé certains parents à vite s’y intéresser aussi."


MédiaSahel Covid-19 appuie la production et la diffusion de contenus fiables et de qualité sur la maladie à coronavirus, en adaptant les contenus médiatiques déjà produits grâce au projet MédiaSahel et en proposant de nouveaux contenus d'information et de sensibilisation.
Il bénéficie d'un financement complémentaire de l'Agence française de développement (AFD), dans le cadre de l'initiative Covid-19 Santé en commun portée par la France.