Informer pour mieux protéger : les médias face à la désinformation en santé, une table ronde au sommet Une seule santé de Lyon, avril 2026
L’approche "Une seule santé" – qui relie la santé humaine, environnementale et animale – propose un cadre de réponse face à l’imbrication des enjeux environnementaux, sanitaires et climatiques. Dans ce contexte, il est indispensable d’assurer l’accès à une information fiable aux populations afin qu’elles comprennent – cette approche et les liens entre l’activité humaine et la santé.
Les zoonoses – maladies transmises de l’animal à l’homme – occupent une place croissante dans les crises sanitaires de ces dernières années (grippe aviaire, Covid-19, Hantavirus, etc.). L’émergence de ces maladies liées à la perturbation des écosystèmes, à l’urbanisation croissante et aux dérèglements climatiques, s’accompagne d’un autre phénomène : la circulation massive de fausses informations qui fragilise la confiance et brouille la compréhension du public.
Le projet Des Médias, une Santé
C’est dans cette dynamique que CFI agit pour renforcer la qualité de l’information et sensibiliser les publics.
Cela passe par le soutien aux acteurs et actrices médiatiques dans la compréhension des enjeux en santé, et dans la production et la diffusion de contenus liés à l’approche "Une seule santé", en particulier à travers le projet Des médias, une santé.
Un travail permettant une meilleure compréhension de cette approche par les publics.
Mis en place dans quatre pays d’Asie du Sud Est – Cambodge, Laos, Philippines, Vietnam – le projet a permis d’accompagner 150 médias, de former 50 journalistes, de renforcer les liens entre les journalistes et la communauté scientifique. Au total, 149 contenus sur les enjeux d’Une seule santé ont été produits générant près de 694 000 vues.
CFI au sommet Une seule santé de Lyon
CFI a par ailleurs organisé une table ronde dans le cadre du Festival du sommet international "Une seule santé" accueilli par la France en avril 2026 à Lyon.
Cet échange a réuni des panélistes des médias et de la santé afin d’interroger les ressorts de la désinformation sanitaire et les moyens pour s’en prémunir.
Animée par Fabrice Turri, consultant média et coordinateur du projet Des Médias, Une Santé de CFI, la table ronde a réuni Solenne Le Hen (France info); Adel Mebarki (Foresight Data Agency); et Catherine Bertrand-Ferrandis, Docteure vétérinaire et experte en communication des risques de santé publique et gestion d’infodémie.
(Dés)information : une bataille inégale
L’un des constats majeurs de la table ronde est clair : lutter contre la désinformation est plus difficile que la produire. Déconstruire une croyance demande beaucoup plus d’efforts que sa création, c’est l’effet Brandolini*. Face à cela, les stratégies réactives montrent leurs limites : la prévention, l’anticipation et l’éducation aux médias deviennent une priorité.
Cet enjeu s’accompagne d’une évolution des usages informationnels, notamment chez les jeunes, qui se tournent majoritairement vers les réseaux sociaux pour s’informer. Les médias traditionnels peinent de plus en plus à capter leur attention, ce qui pose la question de la fiabilité d’une information qui circule dans un environnement dominé par les logiques de viralité.
La santé, cible stratégique des manipulations
La santé est devenue un terrain privilégié pour les campagnes de désinformation, répondant notamment à des objectifs politiques ou géopolitiques. En effet, sa dimension émotionnelle favorise la diffusion rapide des contenus et leur amplification. Ainsi, la désinformation en santé dépasse largement le cadre médical en s’inscrivant dans des stratégies d’ingérence plus larges.
Les médias font donc face à un dilemme constant : comment traiter une information fausse sans contribuer à sa diffusion ? Ce risque d’amplification est d’autant plus important dans le domaine de la santé, où les connaissances scientifiques évoluent rapidement et peuvent remettre en cause les discours antérieurs.
Former, éduquer, connecter : quelques leviers pour une réponse durable
Face à ces constats, plusieurs leviers d’action se dégagent : renforcer la formation des journalistes aux enjeux de santé et aux mécanismes de désinformation ; développer l'éducation aux médias dès le plus jeune âge ; ou encore créer des espaces de dialogue entre science, médias et société civile pour renforcer les collaborations.
Ces recommandations font écho aux actions menées par CFI, notamment dans le cadre du projet Des médias, une santé, qui a contribué à renforcer la production et la diffusion de contenus fiables sur les enjeux One Health.
La désinformation ne connait pas de frontières ; favoriser l’accès à une information fiable apparaît comme un enjeu majeur de santé publique.