Des amazones de l’information outillées pour leur sécurité

Des amazones de l’information outillées pour leur sécurité

21 août 2023

Des femmes journalistes et animatrices de radios ont récemment bénéficié d'une formation sur la sécurité dans le cadre de Médiasahel pour elles au Burkina Faso et au Niger. Yousouf Maiga, formateur spécialiste en sécurité depuis six ans, a partagé ses connaissances avec 12 femmes lors d'un atelier à Ouagadougou les 4 et 5 août derniers.

Pouvez-vous nous expliquer l'objectif de la formation sécurité dédiée aux femmes ?
Youssouf Maiga
: Il s’agit de renforcer les capacités des journalistes femmes, travaillant dans des milieux hostiles et à haut risque. La situation sécuritaire actuelle représente des menaces qui peuvent avoir un impact important sur les journalistes, et particulièrement sur les femmes. Notre Nous voulons les préparer à faire face aux dangers potentielsbut est de les outiller en matière de comportements adéquats, de réactions appropriées et de gestes à adopter dans des environnements à risque élevé. Nous voulons les préparer à faire face aux dangers potentiels tout en respectant les lois nationales, régionales et internationales. Des textes qui les protègent mais qui régissent leur travail dans ces situations de conflit.

Quels sont les aspects abordés au cours de cette formation ?
Youssouf Maiga
: Mieux comprendre leur contexte est un élément crucial pour mener à bien leurs activités. Elles ont été initiées à analyser leur environnement afin d'identifier les dangers potentiels auxquels elles pourraient être confrontées, ainsi que leurs faiblesses et vulnérabilités vis-à-vis de ces dangers. Nous les avons formées à mieux gérer ces vulnérabilités pour leur permettre de travailler malgré les risques. Nous avons ainsi abordé la façon de se présenter face à divers interlocuteurs pour obtenir accès et soutien tout en respectant les coutumes et les protocoles. Nous avons évoqué comment réagir face à des tirs croisés ou encore comment reconnaitre des engins explosifs improvisés. Nous avons revu les protocoles à suivre en cas de contrôle ou de prise d'otage, d’agressions sexuelles…

Au vu des modules abordés, comment évaluez-vous la réaction et l'implication des participantes compte tenu de la nature sérieuse et délicate des sujets ?
Youssouf Maiga
: Les participantes étaient très engagées, ce qui a confirmé l'utilité de cette formation. La situation sécuritaire concerne tout le monde, personne n'est à l'abri. Des exemples concrets, y compris une expérience que j'ai personnellement vécue, ont été partagés pour illustrer les enjeux. Nous avons évoqué comment reconnaitre des engins explosifs improvisésPar exemple, lors d'un voyage en car à travers une zone à risque avec des contrôles réguliers, un passager à bord a utilisé son téléphone de manière inoffensive. Cependant, cette action a attiré l'attention des autorités, conduisant à la rétention du passager et de son téléphone pour des interrogatoires plus approfondis. Malgré les efforts des convoyeurs et des passagers pour obtenir la libération du passager, le car a dû continuer son trajet sans lui.
Cette histoire a illustré de manière percutante comment des actions en apparence mineures peuvent avoir des conséquences imprévisibles et potentiellement risquées dans des environnements déjà tendus. Cette expérience partagée a renforcé la sensibilisation à la nécessité d'une vigilance accrue et d'une compréhension approfondie des répercussions potentielles de nos actions sur la sécurité de tous.

Quel est votre souhait pour ces femmes formées ?
Youssouf Maiga
: J'ai formé des amazones. Mon souhait est qu'elles deviennent des relais pour leurs communautés et leurs collègues en montrant les gestes qui sauvent. Nous espérons qu'elles acceptent d'aller sur le terrain malgré les risques pour chercher et apporter l'information aux populations, car il n'existe pas de risque zéro. Je suis disponible pour les accompagner au-delà de cette formation.