Zoom : de nouveaux outils contre les fake-news environnementales
IA, fact-checking, OSINT... Depuis deux ans, grâce au projet Terra Asia de CFI, des journalistes des Fidji, d'Indonésie, de Papouasie-Nouvelle-Guinée et des Philippines découvrent de nouveaux outils pour détecter les infox liées aux dérèglements climatiques. Les premiers résultats sont là.
À gauche du ring, la désinformation environnementale et ses multiples visages : déni, minimisation, discours partisan politisé, fausse affirmation, greenwashing... À droite du ring, des journalistes, pas ou peu formé·es aux sciences du climat, travaillant dans des médias aux ressources financières limitées et devant parfois résister à des pressions politiques et à la lassitude du public...
Ce combat inégal est-il perdu d'avance ?
Pas forcément répond Robert Bourgoing, formateur pour CFI du projet Terra Asia dans la zone Asie-Pacifique (Fidji, Indonésie, Papouasie Nouvelle-Guinée, Philippines) :
Conscientes de leur forte responsabilité sociale, deux participantes aux formations se disent prêtes à relever ce défi. Tri Febriana E.S. Wijaya, productrice à la TV nationale indonésienne, explique :
À nous de donner une information claire pour démêler le vrai du faux et nous démarquer ainsi des réseaux sociaux pour faire par exemple comprendre que la déforestation cause des inondations.
Cheffe du service transports et industries de la NBC (National Broadcasting Corporation) Bathsheba Sanau, ajoute :
Chez moi, en Papouasie Nouvelle-Guinée, la désinformation est forte, car le public est peu informé. Nous devons vérifier en permanence que nos sources sont fiables et faire du fact-checking.
Plus rapides et efficaces
Pour renforcer leurs techniques de vérification de l'information, quatre journalistes de chacun des quatre pays de Terra Asia, au départ des non-spécialistes des questions environnementales, ont suivi en 2025 et 2026 quatre formations : concepts de base du dérèglement climatique, outils et techniques de fact-checking (géolocalisation, données ouvertes (OSINT), animations à partir d'images satellites, journalisme mobile et intelligence artificielle...
Grâce à l'IA, on peut résumer, avec des mots simples, les idées principales d'un rapport de 300 pages. Et, avec l'OSINT, il est désormais possible de faire un reportage sur les forêts tropicales sans se déplacer. C'est de la folie ce qu'on peut faire en journalisme environnemental ! Tous ces nouveaux outils permettent d'illustrer l'impact de l'Homme sur la Nature, précise Robert Bourgoing.
À priori, message reçu cinq sur cinq par les participants !
Nous ne sommes pas des scientifiques. L'IA nous aide à être plus rapides et efficaces pour parler des concepts techniques et complexes liés au changement climatique, témoigne Stella Martin, journaliste à la NBC en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Dans les médias, plusieurs responsables observent déjà des progrès chez certains de leurs journalistes ayant suivi des formations.
(Les journalistes) privilégient désormais les entretiens avec des professionnel·les autres que les représentant·es du gouvernement et effectuent davantage de recherches, souligne Félix Chaudhary, directeur-général par intérim de la Fijian Broadcasting Corporation (FBC).
Nos journalistes arrivent dorénavant plus facilement à repérer les fausses informations. Elles se répandent donc plus difficilement à présent, apprécie Fernando A. Sanga, ''Dindo Amparo'' de son nom de plume, directeur-général des médias rattachés à la Présidence (Presidential Broadcast Service-Bureau of Broadcast Services, PBS-BBS) aux Philippines.
N'arrêtez jamais d'apprendre
Pour consolider ces premiers résultats, les journalistes ayant suivi la formation recevront une bourse pour réaliser 10 enquêtes par pays. Robert Bourgoing est impatient de découvrir ces productions : Autrefois, ces journalistes-généralistes couvraient les inondations de façon ponctuelle et basique. Grâce au projet, elles et ils décriront davantage en profondeur les causes et les solutions.
En attendant, le formateur observe déjà des avancées : Certains médias demandent à leurs journalistes participants aux formations de répercuter leurs apprentissages à leurs collègues.
Un partage d'expériences qu'encourage dans les médias de son groupe aux Philippines le doyen Dindo Amparo, bientôt 60 ans : Nous souhaitons former nos journalistes en régions et créer à PBS-BBS une équipe de vérification capable de debunker rapidement les fake news. Mon conseil aux jeunes journalistes : Utilisez les nouvelles technologies pour produire des contenus crédibles utiles au public. N'arrêtez jamais d'apprendre, car ces technologies évoluent chaque jour. Mais, gardez à l'esprit que l'IA ne peut pas remplacer la façon dont vous réalisez avec tout votre cœur de journaliste-humain des reportages sur le terrain !
Analyse réalisée par Emmanuel de Solère Stintzy (Journalistes Médiateurs)