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Regards croisés : développer l'engagement des communautés

Projet associé

Samrith Tona au Cambodge, Sounita Phimmasone au Laos et Celeste Anna Formoso aux Philippines, chacun parle désormais en profondeur d'environnement et de santé publique dans son média. Tous trois veulent continuer à vulgariser l'approche une seule santé pour protéger et responsabiliser leurs communautés.

Je me rappelle de la cheffe d'une communauté tribale. Selon elle, le tawa tawa (euphorbia hirta, une plante médicinale - Ndlr) peut soigner la dengue. Elle encourage notre gouvernement à associer médecines moderne et traditionnelle, se souvient Celeste Anna Formoso, rédactrice en chef de Palawan News, après un reportage sur le terrain à Bukidnon (province des Philippines). 
Me former en dehors des capitales représente une opportunité rare d'engager un dialogue direct avec des communautés locales délaissées, de comprendre leurs défis et de partager des connaissances, ajoute Sounita Phimmasone, rédactrice en cheffe au département médias du ministère laotien de l'Information, de la culture et du tourisme.

C’était en novembre 2024, les journalistes soutenus par le projet CFI Des médias, une santé  suivaient alors des formations à l’investigation et à l’interview sur des sujets médicaux et environnementaux. Des formations loin des capitales, déployées à Bukidnon aux Philippines, à Battambang au Cambodge et à Savannakhet au Laos, pour partir à la rencontre des communautés locales.

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Samrith Tona (chemise rouge) en immersion lors d’une formation CFI à Battambang, au Cambodge.

Les formations en zones rurales nous informent des problèmes concrets qui affectent l'environnement, les communautés et les animaux. Par exemple, comment reconnaître une eau propre d'une eau impropre à la consommation, précise Samrith Tona, directeur exécutif de la radio cambodgienne Women's Community Voices (WCV).

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Tona en plein exercice d’interview in-situ.
Je veux aussi encourager un journalisme plus moderne, avec de courtes vidéos notamment pour les réseaux sociaux.
Sounita Phimmasone,
rédactrice en cheffe au département médias du ministère laotien de l'Information, de la culture et du tourisme.

Susciter l'engagement des jeunes

Après avoir suivi une ou plusieurs sessions à l'approche une seule santé* les journalistes témoignent de l'évolution de leurs motivations et de leurs pratiques professionnelles. 
Au départ, je voulais surtout améliorer mes compétences pour produire des informations pour que le public se protège mieux des maladies. Après avoir été initiée début 2025 au journalisme mobile en Thaïlande, je veux aussi encourager un journalisme plus moderne, avec de courtes vidéos notamment pour les réseaux sociaux, s'enthousiasme Sounita. 
Un usage des nouveaux formats de publication pour mieux toucher leurs audiences, et mieux les sensibiliser.

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Celeste Formoso entourée de la promotion des journalistes philippins à Bukidnon aux Philippines.

Nous voulons réduire les impacts des maladies humaines et animales en suscitant des prises de consciences sur les transmissions de ces maladies. Dans notre média, nous avons désormais des journalistes spécialisés qui préparent des émissions plus approfondies. Nos communautés savent mieux comment se protéger, se réjouit Samrith. 
Avec mon équipe, nous comprenons à présent les interconnections entre environnement, santé humaine et animale, mais nous devons réaliser à présent des vidéos pour susciter l'engagement des jeunes, en particulier celui des mamans, qui s'occupent des enfants et sont attentives à comment protéger leurs familles, résume Céleste, déterminée.

C’est avec cette ambition que tous trois se sont embarqués dans de nouvelles formations au journalisme vidéo à l’aide de mobiles, organisée cette fois à Bangkok les semaines du 13 et du 20 janvier 2025, aux côtés de 25 autres journalistes philippins, laotiens et cambodgiens.

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Les journalistes soutenus par CFI réalisent des articles multimédias sur des travaux scientifiques menés sur le virus Nipah à Wat Luang Phrommawat, en Thaïlande.
Nous voulons réduire les impacts des maladies humaines et animales en suscitant des prises de consciences sur les transmissions de ces maladies.
Samrith Tona,
directeur exécutif de la radio cambodgienne Women's Community Voices

Enquêtes et explications en langues locales

De retour au Cambodge, au Laos et aux Philippines, Tona, Sounita et Celeste proposent à CFI de continuer à former les journalistes de leurs pays, notamment ceux des provinces, sur ces sujets délicats, à mener des enquêtes d'investigation avec constitution d'un carnet d'adresses d'experts pour éviter autant que possible les poursuites judiciaires. 
Ils demandent aussi à être formés à réaliser des campagnes d'éducation multi-médias sur les réseaux sociaux avec vidéos et infographies et d'apprendre à vulgariser des explications pédagogiques sur certaines maladies dans différentes langues locales.

Conscients de leur forte responsabilité sociale, tous trois s'engagent à continuer à propager l'approche une seule santé en continuant à travailler en réseaux pour partager contacts d'experts compétents et informations entre journalistes spécialisés, même après la fin du projet. 
Objectifs communs : élargir nos efforts de plaidoyer, améliorer la qualité de nos productions et étendre nos audiences et leurs prises de consciences pour obtenir des changements significatifs.

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Sounita Phimmasone à la découverte du "Improved Cookstove Program" porté par l’ONG Association For Rural Mobilisation And Improvement (ARMI).

Propos recueillis par Emmanuel de Solère Stintzy (Journalistes Médiateurs)

* L’approche "une seule santé" invite à penser la santé autrement en reconnaissant l’interdépendance du bien-être des populations humaines avec celui des animaux et des écosystèmes. Elle utilise les liens étroits et interdépendants qui existent entre ces domaines pour créer de nouvelles méthodes de surveillance des maladies, notamment, et de lutte contre celles-ci (source : Organisation mondiale de la Santé).