Ghislain Somé

Ghislain Somé : l’homme-orchestre

Projet associé

Ghislain Somé est un homme-orchestre. Chef des programmes à la Voix des Balé à Boromo (Burkina Faso), journaliste, animateur, instituteur, chanteur, musicien, producteur… Le fil conducteur de sa vie : son engagement sur les questions sociales et tout particulièrement celles liées aux femmes. 

 

Le pas est léger. La démarche chaloupée. Jeans et T-shirt noirs, mocassins assortis, il prend la place devant ses pairs. La voix est un peu haute, mais assurée. "Intégrer le genre dans nos médias, il ne s’agit pas de l’évoquer, il s’agit de l’incarner. Tenir compte du genre dans nos médias, il ne s’agit pas simplement d’en parler. Il s’agit d’en faire notre véritable priorité…". Ghislain Somé slame et enchaîne les vers. Le chef des programmes de la radio des Balé conclut de façon très personnelle la formation "management sensible au genre" qui se tenait du 7 au 11 novembre 2022 à Ouagadougou. 

Pas étonnant pour celui qui a rejoint sa radio en 2010, "grâce à la musique". "J’avais une maison de production et ils étaient à la recherche d’un technicien. J’ai ensuite été progressivement poussé vers l’animation et le journalisme", raconte-t-il. Fils d’un père balafoniste et d’une mère qui chantait dans une chorale, il a déjà sorti trois albums d’inspiration reggae. Celui qui aime chanter en dioula, pour toucher toute la population d’Afrique de l’Ouest, se définit comme un "chanteur engagé sur les questions sociales. Je veux conscientiser les gens, changer les choses". Les sujets qu’il aborde évoquent les violences faites aux femmes, la scolarisation des jeunes filles…

J’ai vite compris qu’elles pouvaient tout faire comme les hommes

Le dernier opus en date est un hommage à sa mère décédée le 24 décembre 2021. Seul garçon parmi quatre enfants, les femmes ont toujours été centrales dans sa vie. "J’ai grandi avec elles, sourit-il. J’ai vite compris qu’elles pouvaient tout faire comme les hommes". Le journaliste marque une pause et poursuit, le ton plus grave : "quand j’ai été témoin de violences faites aux femmes, je me suis dit que ça aurait pu être ma mère ou mes sœurs."

"En tant que journaliste, mon rôle est aussi de sensibiliser par l’exemple", poursuit-il. L’homme de Boromo, également instituteur, sait de quoi il parle. À 42 ans, il a bataillé pour pouvoir épouser sa femme. "Il m’a fallu dix-sept ans, avant que le mariage ne soit possible. Mon oncle s’y opposait formellement."  Son épouse, rencontrée au lycée, a des problèmes de fertilité. "Quand on le sait avant le mariage, la société bloque l’union. Les gens décident pour toi". Sa mère a fini par monter au créneau et enfin, il y trois ans, le couple est passé devant le maire. "Sous le régime de la monogamie, insiste-t-il. Pour qu’on ne m’impose pas une deuxième épouse avec qui avoir des enfants".

Tous ensemble dans nos médias, on peut y arriver

À la radio, il anime deux émissions. Pour la première, "People", il invite des personnalités du monde de l’art, musiciens, plasticiens… La seconde, "Discutons ensemble !" est une émission interactive soutenue par CFI dans le cadre de MédiaSahel. Il y aborde des sujets de société. Il a ainsi réalisé une émission sur les conflits dans le couple. "Pendant la diffusion, les hommes se sont remis en cause. C’était une vraie satisfaction.". 

Naturellement, Ghislain applaudit l’arrivée de MédiaSahel pour Elles. "La cible, ce doit aussi être les maris. Qu’ils prennent conscience de ce que les femmes portent à la maison, alors qu’au travail, elles font la même chose que les hommes". Son engagement après cette première formation sur le management sensible au genre ? "Je veux travailler sur moi-même. Les gens avec qui je travaille m’admirent. Si je change, ça va impacter leur comportement".

Son slam revient alors comme une ritournelle : "Le management sensible au genre dans nos médias est un défi possible à relever. Médias du Burkina, tous ensemble dans nos médias, on peut y arriver". 

 

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Ghislain Somé
Ghislain Somé, chef des programmes à la Voix des Balé à Boromo (Burkina Faso)