Anis Achour : sur la plage abandonnée...

Anis Achour : sur la plage abandonnée...

Projet associé

Attaché à la mer, le Tunisien Anis Achour, 43 ans, signe son premier documentaire "Couleurs et bords sombres" consacré aux artistes-écologistes qui transforment les déchets rejetés par les eaux.
Portrait réalisé par Emmanuel de Solère Stintzy.

Musique grave et énigmatique. Sur la plage abandonnée, bouteilles plastiques et verres cassés ont remplacé coquillages et crustacés... À Ezzahra, banlieue sud de Tunis, riverains et touristes ont semble-t-il déserté la mer polluée. Seuls quelques écologistes locaux ramassent puis transforment les déchets. De la saleté naissent des objets d'art lumineux. "Les couleurs désignent la vie et les œuvres artistiques. Le sombre, la pollution. Je voulais montrer cette contradiction", résume Anis Achour, caméraman-monteur de 43 ans, à propos de "Couleurs et bords sombres", titre de son premier mini-documentaire de 19 min. Originaire de Djerba, île au sud-est de la Tunisie, le sujet s'est imposé à Anis, revenu au pays en 2011 quand la guerre a éclaté en Libye : "Voir la mer malade, sentir cette odeur insupportable des déchets me rend malheureux..."

Le sombre, la pollution. Je voulais montrer cette contradiction.

Passionné par le cinéma et les images comme un de ses oncles, Anis apprend le montage, le mixage à l'Institut supérieur des arts multimédia de la Manouba (ISAMM) à Tunis. Il y apprend aussi la réalisation de documentaires avec Didier Beaudet, "un brave professeur", décédé en mai 2023. Pour Anis Achour, ce premier court-métrage, réalisé avec Taziri Prod, sa société de production, grâce au projet Intajat Jadida de CFI et aux conseils de ses coachs, est donc pour son ancien enseignant de l'ISAMM, mais aussi et surtout "pour encourager les jeunes à prendre des initiatives comme ces artistes sensibles à l'environnement pour trouver du boulot."

Autres documentaires ?

Iheb Rjeb, 23 ans, a quasiment toujours connu son cousin Anis ainsi, "aimant rire et donnant du courage aux autres, même dans les moments difficiles." Saber El Missaoui, qui travaille avec Anis Achour depuis une dizaine d'années, a interviewé certains protagonistes lors de ce premier documentaire. Il confirme : "Souriant et sage, Anis me conseille et absorbe mon stress de jeune journaliste pas toujours satisfait de mon travail."  Pour ce premier film, Anis préfère comme d'habitude positiver : "J'ai fait de mon mieux, même si cela n'a pas été facile, car la pollution est un sujet délicat chez nous."

La pollution est un sujet délicat chez nous.

Les premières réactions du public sur la chaine youtube Barcha sont en tout cas encourageantes. "Les gens apprécient ces artistes et ces derniers demandent d'autres documentaires pour faire réagir les responsables pour nettoyer les plages et trouver d'autres solutions." D'autres documentaires et pourquoi pas une série ? Cela tombe bien, Anis Achour a encore plein d'images à montrer. En attendant "Couleurs et bords sombres" se termine avec le bruit des vagues en fond sonore. Et l'espoir de bientôt revoir les habitants d'Ezzahra déambuler sur la plage propre et repeuplée...

Image
Anis Achour