Heba Obeidat : lutter contre la désinformation et les discours haineux en Jordanie

29 juillet 2021

À 34 ans seulement, Heba Obeidat a déjà une riche carrière derrière elle. Journaliste, présentatrice radio, productrice et chercheuse, elle est aujourd’hui coordinatrice nationale de Qudra en Jordanie, un projet pour favoriser la résilience parmi les réfugiés syriens à travers le monde.
Portrait réalisé par Lou Mamalet.

Après un Master en “paix et résolution de conflits” à l’Université Hashemite d’Amman, Heba Obeidat débute sa carrière comme chercheuse. Ses centres d’intérêts se tournent principalement vers la couverture médiatique de la politique en Jordanie, notamment concernant les réfugiés et les droits des femmes. Des thèmes qu’elle continue de traiter par la suite, en tant que journaliste cette fois, au sein de divers médias jordaniens (Radio al Balad, Jordan Today TV, ...) où elle anime une centaine de débats sur la politique et l’économie nationale.
Elle est également productrice et animatrice du “Podcast du parlement” sur la plateforme jordanienne Sowt. En tant que journaliste, j’ai écrit beaucoup d’articles sur les réfugiés syriens en Jordanie. Un jour, CFI m’a contactée pour me proposer d’effectuer une recherche sur le sujet et j’ai accepté, explique Heba Obeidat.

Aujourd’hui, elle coordonne le projet Qudra (qui signifie “force et résilience” en arabe) en Jordanie. Soutenu notamment par le Fonds régional d’affectation de l’Union européenne en réponse à la crise syrienne (dit fonds Madad) et la Coopération allemande, cette initiative a pour but de soutenir les populations de réfugié·es syrien·nes. La journaliste a ainsi travaillé au déploiement d’une campagne de sensibilisation visant à réduire les discours haineux à leur encontre en Jordanie : Des vidéos montraient aux Syrien·nes et Jordanien·nes l’importance de travailler main dans la main. Des journalistes ont écrit des success stories publiées ensuite dans des journaux ou en ligne, relayées en vidéo sur la page Facebook du projet, raconte-t-elle.

De nombreux stéréotypes perdurent

Une mission essentielle dans un pays comme la Jordanie, qui accueille aujourd’hui plus de 1,3 millions de réfugié·es syrien·nes, soit 10% de la population totale, et abrite le deuxième plus grand camp au monde, celui de Zaatari. Cette situation met l’État sous forte pression en termes de ressources et renforce les tensions entre communautés, comme l’explique Heba : De nombreux stéréotypes perdurent. Le plus répandu est celui qui affirme que les Syrien·nes voleraient les emplois des Jordanien·nes. C’est évidemment une idée reçue, car l’accès des réfugié·es à l’emploi est restreint à un certain nombre de secteurs comme la construction ou l’agriculture, des métiers que souvent les Jordanien·es n’acceptent pas de faire.

L’opération devient rapidement un véritable succès, sa page Facebook TogetherInJordan comptabilisant aujourd’hui plus de 145 000 abonné·es. Une première étape dans l’évolution des mentalités, comme le confirme la coordinatrice du projet : Au début, nous avons dû affronter à un certain nombre de commentaires négatifs, mais après un an de campagne, nous avons remarqué une baisse significative de ces commentaires haineux.

Heba Obeidat

 

Formations en ligne au fact-checking

À l’automne 2019, le projet a évolué en entrant dans sa deuxième phase. Dans le contexte de la pandémie liée au coronavirus, Qudra2 propose désormais des formations en ligne à la vérification des faits : Les fausses informations circulent aussi vite que le virus et nous essayons donc de sensibiliser les journalistes aux méthodes de fact-checking, ainsi qu’à la manière de traiter les problématiques de santé.

De quoi maintenir Heba Obeidat bien occupée, tout en la laissant rêver à son avenir. Elle se voit bien embrasser une carrière de journaliste politique au sein de médias indépendants, même si la route reste encore longue : En tant que freelance, nous ne pouvons pas obtenir de carte de presse, accordée uniquement aux journalistes qui travaillent dans des médias gouvernementaux. Malheureusement en Jordanie, il n’existe presque pas de médias indépendants et ceux qui décident de rester autonomes ont beaucoup de difficultés à effectuer leur travail correctement. Par exemple, le rédacteur en chef de Jo24 a récemment été arrêté parce qu’il avait couvert une manifestation de professeurs à Amman.