Alexandra Tchuileu Ngangom : journaliste exigeante et altruiste

Alexandra Tchuileu Ngangom : journaliste exigeante et altruiste

2 janvier 2023

Au Cameroun, Alexandra Tchuileu Ngangom, 33 ans, est une journaliste passionnée, exigeante et citoyenne : enquête sur la scolarisation des filles, projet de plateforme numérique pour enfants porteurs de handicaps... Ses challenges d'intérêt général ne manquent pas.
Portrait réalisé par Emmanuel de Solère Stintzy.

Naître le premier jour de l'année... Le chemin d'abonnée aux premières places était presque tout tracé pour Alexandra Tchuileu Ngangom. À l'école, elle était toujours première ou deuxième. Cheffe de classe ou cheffe-adjointe, elle parlait avec facilité en public, se souvient son petit frère Ralph Nsiazugh Ngangom.
Dès ma première année de maternelle, j'ai joué avec mon petit frère une pièce de théâtre ! Je n'avais pas peur de la scène. Quelques années après, je voulais être présentatrice de télévision pour être écoutée par les gens !  confirme Alexandra en vous regardant droit dans les yeux, la voix posée et assurée.

Pour réaliser ses ambitions, ‘‘Lexy’’ y va à 100 %, sans prise de tête. Et ça marche ! En 2010, elle obtient une licence professionnelle en journalisme et en 2014 un master recherches en sciences de l'information et de la communication à l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de la communication (ESSTIC) de Yaoundé. Elle y surprend ses enseignants. Alexandra n'attendait pas son prof pour s'informer ! Elle était déjà passionnée, impertinente et exigeante. Elle sortait des sentiers battus pour traiter des sujets difficiles. Elle a ensuite travaillé en radio, presse écrite et TV. Aujourd'hui (depuis 2017, Ndlr) journaliste à Cameroon Tribune, grand quotidien national, je trouve que par rapport à son potentiel, elle est sous-utilisée. Elle a besoin d'un environnement moins conformiste, estime le Dr Emmanuel Mbede, enseignant à l'ESSTIC.

Datajournalisme et journalisme de solutions

Yves Atanga, rédacteur en chef de Cameroon Tribune, ne semble pas vouloir se séparer de sa perle rare : Joviale et vive d'esprit, Alexandra a d'abord fait un stage dans notre rédaction (2009 et 2010, Ndlr). Journaliste perspicace, elle sait trouver le sujet original et est remarquablement efficace sur le terrain. Mais, elle gagnerait à mieux affirmer sa perspective dans ses écrits, car elle a une forte personnalité ! Adepte de challenges personnels, Alexandra Tchuileu Ngangom semble prête à relever ce défi : J'aime la profondeur et la rigueur que la presse écrite exige. Cela fait sens de graver le présent dans le papier. Et la presse écrite ouvre vers de nouvelles approches comme le datajournalisme et le journalisme de solutions.

Grâce à deux projets de CFI, ‘‘Lexy’’ a ainsi fait plusieurs découvertes : Avec MédiaLab pour Elles, j'ai pratiqué enJ'aime la profondeur et la rigueur que la presse écrite exige. 2021 le journalisme collaboratif de données sur le genre avec des confrères d'autres médias pour réaliser une enquête sur la scolarisation des filles à l'est du Cameroun. Mettre un visage sur une douleur, ne pas se limiter à des chiffres et des concepts creux, a été une expérience merveilleuse ! Et actuellement, dans le cadre de Connexions citoyennes 2, je suis porteuse du projet ‘‘In-Valides’’. Mon objectif est de regrouper d'ici avril 2023 sur une plateforme numérique les infos et offres de formations au Cameroun pour les enfants vivant avec des handicaps.

La petite fille qui rêvait d'être sous les feux des projecteurs et de briller comme présentatrice de télévision a évolué : Comme journalistes, nous ne sommes pas là pour engranger les reconnaissances personnelles, plutôt pour mettre les autres et leurs problèmes en lumière.
Une exigence citoyenne qui n'est pas pour déplaire à son ancien enseignant, le Dr Emmanuel Mbede : Alexandra est très critique avec son environnement camerounais, car elle a des références médiatiques internationales. Parfois, je me dis que je l'ai rendue inadaptée socialement à son environnement ! L'enseignant rit, visiblement fier de l'impertinence et du cran de son ancienne étudiante. Cette dernière semble en tout cas profondément enracinée dans sa terre natale...

Alexandra Tchuileu Ngangom, souriante et exigeante journaliste
Alexandra Tchuileu Ngangom, souriante et exigeante journaliste

 

Dans 10 ans...

Que fera Alexandra Tchuileu Ngangom dans dix ans ? Son rédacteur en chef actuel à Cameroon Tribune, Yves J'espère continuer à courir le monde pour échanger des expériencesAtanga l'imagine devenir une journaliste polyvalente, à l'aise dans tous les supports (presse écrite, audiovisuelle, Internet). Toutefois, le risque de dispersion est réel... Alexandra gagnerait peut-être à trouver sa voie et à s'y investir.  Pour sa part, son ancien enseignant le Dr Emmanuel Mbede, lui conseille de croire en elle et de se jeter à l'eau  : Alexandra a toutes les expériences et expertises nécessaires pour devenir une patronne de presse. Avec son tempérament de leader, je la vois directrice d'une rédaction ou de sa propre maison de productions ou alors intégrer un média à l'étranger.

Ralph Nsiazugh Ngangom, le petit frère de ‘‘Lexy’’, fait presque le même pronostic : Dans dix ans, elle aura voyagé, découvert le monde. Elle travaillera au Cameroun ou à l'étranger. Je la sais capable de s'adapter dans n'importe quel environnement. Pourtant, même quand vous la croisez au Cameroun entre deux missions à l'étranger, c'est sans aucune hésitation qu'Alexandra s'imagine plutôt rester ici, sur sa terre natale : J'espère continuer à courir le monde pour échanger des expériences, nouer des partenariats, trouver des connexions à dupliquer chez moi, ici au Cameroun. Peut-être serai-je à la tête de ma propre entreprise ou dans un cabinet de conseil sur des projets éditoriaux. Ou alors, je continuerai à faire du reportage, en allant plus loin qu'un compte rendu de la vie des gens, pour les aider et faire bouger les lignes.

Sur le terrain, à l'Est du Cameroun, pour collecter des informations sur la scolarisation des enfants dans un campement Baka (peuple autochtone), en octobre 2021.
Sur le terrain, à l'Est du Cameroun, pour collecter des informations sur la scolarisation des enfants dans un campement Baka (peuple autochtone), en octobre 2021.