Abdoul-Razak Idrissa : journaliste moitié Rambo, moitié Kirikou

22 avril 2021

Au Niger, Abdoul-Razak Idrissa, 37 ans, est journaliste radio et formateur en journalisme. Professionnel expérimenté, il est apprécié pour son esprit vif comme Kirikou et son caractère décomplexé comme Rambo, même quand il a au bout de son micro des personnalités en interview.
Portrait réalisé par Emmanuel de Solère Stintzy.

Enfant, Abdoul-Razak Idrissa aimait à la fois Kirikou et Rambo.
Le premier, tout petit, car il est très malin et arrive à contourner presque tous les obstacles  Le second, tout en muscles, pour sa bravoure et son courage. Mais, enfant, Abdoul-Razak était surtout déjà passionné de radio :
À l'époque, chez nous au Niger, il y avait un seul média public, mais je ne voulais rater aucune session d'information. Je connaissais les noms de tous ceux qui présentaient le journal. Il m'arrivait de les imiter. Nous qui étions en région (à Dosso, 140 km à l'est de Niamey, Ndlr) cela nous permettait aussi de savoir ce qui se passait dans la capitale.

Abdoul Razak Idrissa en reportage sur le terrain
Abdoul Razak Idrissa en reportage sur le terrain


Tout de suite après son bac, Abdoul-Razak Idrissa se retrouve donc assez naturellement à Niamey pour étudier pendant trois ans le journalisme à l'IFTIC (Institut de formation aux techniques de l'information et de la communication). Même s'il avait l'habitude de jouer le rôle de maître de cérémonie ou de disc-jockey lors des fêtes entre amis, la radio représente un défi pour lui : J'étais assez timide, mais je voulais assumer mon choix et ne pas me décevoir moi-même. Et puis, j'ai eu de bonnes appréciations lors de mes premiers stages.

Aucun reportage ne vaut une vie !

Ali Idrissa, le directeur-général de Radio-TV Labari, qui l'a connu à ses débuts, se souvient : Abdoul-Razak sortait du lot. Il réalisait des papiers élaborés, restait calme quand il présentait les journaux et tenait tête à des personnalités en interview.
Courageux comme Rambo, mais aussi curieux comme Kirikou... Abdoul-Razak est devenu un excellent journaliste, mais il est resté à l'écoute. Poli et gentil, il appelle encore ses aînés dans le métier pour avoir des conseils, apprécie Djibril Seydou, un “doyen” au Niger, avec 20 ans d'expérience en journalisme et en communication.

À 37 ans, dont 15 dans les médias, Abdoul-Razak Idrissa est encore là en cas d'interviews costauds ou pour conseiller les jeunes de Radio-TV Labari. Toutefois, il consacre désormais l'essentiel de son temps à ses activités de correspondant au Niger de VOA Afrique (Voice of America) et de formateur en journalisme.
Avec CFI, j'ai suivi deux formations de formateurs au Burkina, avant d'intervenir en 2019 comme formateur, dans le cadre du projet “Dialogue Sahel”. Grâce à ces expériences, je me sens davantage utile pour mes confrères, se félicite l'intéressé.

labari tv


Car, dans un pays presque entièrement en zone rouge, Abdoul-Razak a la rigueur journalistique chevillée au corps : Personne ne nous a obligés à choisir ce métier ! Nous devons donner l'info à notre public, quelle que soit notre précarité financière personnelle. Je dis aussi aux jeunes de bien identifier les sujets sensibles et les précautions à prendre... Aucun reportage ne vaut une vie ! Il faut vivre pour pouvoir transmettre une info !
Comme quoi, même un admirateur de Rambo peut inciter à la prudence…

Dans 10 ans...

Quel sera le quotidien d'Abdoul-Razak Idrissa dans dix ans ?
Sans doute plus formateur que journaliste, estime le concerné : Je me sens bien dans la robe de formateur ! Djibril Seydou, expérimenté en journalisme et en communication, avance le même pronostic : Abdoul-Razak se bonifie dans la formation des journalistes.

Un partage de connaissances qu'Abdoul-Razak effectue notamment, depuis fin 2019, comme président de l'Association des journalistes pour la sécurité et les migrations : Comme membres actifs, nous sommes une dizaine de confrères spécialisés. Nous avons déjà vulgarisé auprès de nos collègues une charte éthique pour la couverture médiatique des migrations. À l'avenir, nous souhaitons réaliser des enquêtes communes. Sur ces enjeux transfrontaliers, nous serons plus efficaces en travaillant en réseaux au Niger, en Afrique de l'Ouest et même au-delà !

Abdoul-Razak Idrissa est ambitieux. Au point d'embrasser un jour une carrière politique comme d'autres journalistes avant lui ? Jamais ! Je préfère faire autrement pour améliorer les choses dans mon pays.