5 faits sur l'accès à l'information pour les communautés marginalisées en Afrique centrale et orientale – et pourquoi cela compte

5 faits sur l'accès à l'information pour les communautés marginalisées en Afrique centrale et orientale – et pourquoi cela compte

L'accès à l'information est souvent compris comme un problème d'infrastructure : connectivité, terminaux, bande passante. En réalité, les obstacles les plus importants sont souvent la langue, la confiance, la géographie et la représentation.

En 2025, dans le cadre du projet AGILE financé par l'Union européenne, CFI a mené une cartographie régionale sur les besoins et les obstacles à l’accès à l’information en République démocratique du Congo (RDC), en Tanzanie, en Ouganda et en Zambie. L’objectif de cette cartographie, pour CFI, c’est de partir des problématiques du terrain pour construire les réponses adaptées et garantir ainsi que les actions menées répondent à des besoins concrets.

1. Dans les zones rurales, le bouche-à-oreille est souvent le seul système d’information qui fonctionne

En RDC, plus de 80% des médias sont concentrés dans la capitale Kinshasa, laissant de vastes zones rurales pratiquement sans couverture médiatique. Grâce à cette étude, des groupes de minorités ethniques comme les Batwa et les Bambuti ont évalué la pertinence des informations qu'ils reçoivent à 0,5 sur 3, soit "jamais pertinentes".
Dans ces communautés, l'accès à l'information repose moins sur l'innovation numérique que sur des réseaux locaux de confiance : leaders communautaires, groupes de femmes, organisations locales. Ces systèmes sont résilients, mais pas infaillibles – les informations partagées de manière informelle peuvent être incomplètes, retardées ou déformées avant d'atteindre leurs destinataires.

AGILE soutiendra un accès à l'information plus accessible et plus inclusif en travaillant avec des relais locaux de confiance, des réseaux communautaires et des canaux de communication qui constituent déjà l'épine dorsale de l'accès à l'information pour les communautés marginalisées.

2. La radio reste le pilier de l'accès à l'information et elle est menacée

En Ouganda, 87% des personnes ayant répondu déclarent avoir un poste de radio en état de marche à domicile. En Zambie, environ 60% de la population écoute la radio chaque jour. En RDC, plus de 4 000 stations de radio desservent les communautés à travers le pays. Dans une région où l'accès au numérique reste inégal, la radio n'est pas un média du passé, c'est la principale source d'information pour des millions de personnes.
Mais cet écosystème est aujourd'hui sous forte pression. Suite à la baisse drastique de l'aide publique au développement des USA en 2025, un nombre conséquent de ces radios communautaires, qui dépendaient principalement de cette source de financement, font face à un avenir incertain. Là où la radio communautaire disparaît, c'est aussi la voix locale et de confiance qui disparaît, celle qui maintient la désinformation en échec et nourrit la vie civique.

AGILE travaillera avec les radios communautaires, les organisations locales et les réseaux communautaires de confiance pour aider l'information à atteindre les populations de manière plus accessible et pertinente.

3. La langue est l'obstacle le plus sous-estimé

Lorsqu'on leur demande ce qui améliorerait le plus les informations qu'elles reçoivent, les communautés des quatre pays apportent une réponse cohérente : Traduisez-les dans nos langues, et simplifiez-les.
La langue est l'obstacle le plus décisif et le plus systématiquement sous-estimé dans l'accès à l'information. Les communications officielles, les émissions médiatiques et les messages humanitaires sont couramment produits dans des langues administratives dominantes que de larges pans de la population ne comprennent pas pleinement. Même lorsque les gens parlent la langue officielle, le jargon technique et les formulations bureaucratiques peuvent engendrer une incompréhension quasi totale.

En moyenne, les membres des communautés marginalisées déclarent ne comprendre le langage utilisé dans les informations que "parfois". En RDC, les minorités ethniques évaluent leur compréhension entre "rarement" et "parfois". En Tanzanie, les communautés Hadzabe et Akie, dont les langues sont orales et rarement représentées dans les médias, se situent en bas de l'échelle.
À l'inverse, la Zambie est le seul pays où les minorités ethniques estiment comprendre "souvent" les informations de manière satisfaisante, résultat direct de la diffusion par les radios communautaires dans plusieurs langues locales.

Des réponses ont mis en lumière le fait que des parents demandent à leurs enfants scolarisés d'expliquer les émissions officielles, ou dépendent de leaders religieux et d'agents d'ONG pour interpréter les messages. Au fil des relais, l'information peut être retardée, simplifiée ou déformée, parfois considérablement, avant d'atteindre celles et ceux qui en ont besoin.

AGILE privilégiera la production de contenus multilingues, audio et simplifiés dans l'ensemble de ses activités, coconçus avec des radios communautaires, des groupes de femmes et des organisations de personnes handicapées, afin de mieux refléter les besoins des différentes communautés.

4. Quand l'information ne reflète pas les réalités des communautés, elles cessent de lui faire confiance ou de la recevoir

L'exactitude est nécessaire, mais pas suffisante. Les communautés sont davantage susceptibles de s'engager avec l'information – et de lui faire confiance – lorsqu'elle reflète leurs réalités et répond à leurs préoccupations quotidiennes. Dans le cas contraire, elles se désengagent.

Les femmes des quatre pays décrivent un schéma récurrent : les sujets sur le genre peuvent être factuellement corrects, mais ils ne reflètent pas les réalités vécues par les femmes, les rendant sans pertinence. En RDC, le niveau de compréhension de l'information par les femmes est évalué comme "rarement" satisfaisant, non pas parce qu'elles ne comprennent pas la langue, mais parce que le contenu ne parle pas de leur vie.
Le phénomène est encore plus marqué pour certaines minorités ethniques. Les répondants Maasaï décrivent leur apparition dans les médias comme intervenant rarement selon leurs propres termes, leur mode de vie étant systématiquement présenté comme un problème à résoudre, plutôt que comme un système légitime avec sa propre logique et son histoire. Plusieurs communautés ont signalé être exposées à un langage dégradant et à des discours de haine dans la façon dont elles sont décrites dans les médias.

Pour les personnes handicapées, l'exclusion prend une forme différente : l'absence quasi totale de formats accessibles. Dans les quatre pays, la langue des signes, le braille et les contenus adaptés à l'audio restent l'exception plutôt que la règle. Pour qu’une information puisse être considérée comme fiable, utile et utilisée, il faut d’abord qu’elle soit rendue accessible.

AGILE travaillera plus étroitement avec les communautés défavorisées pour s'assurer que leurs perspectives, leurs expériences et leurs façons de comprendre l'information sont reflétées dans les efforts médiatiques et de communication.

5. Le journalisme inclusif existe déjà, mais les journalistes se heurtent encore à des obstacles majeurs

Dans les quatre pays, de nombreux journalistes et médias reconnaissent l'importance d'un journalisme plus inclusif et ancré dans les communautés. La cartographie a montré que cette prise de conscience est largement répandue ; l'écart n'est pas une question de connaissance ou d'intention, mais de ressources et de conditions.

Mettre en pratique un journalisme inclusif reste difficile. Couvrir des communautés éloignées demande du temps et de l'argent que la plupart des rédactions n'ont pas. Les priorités éditoriales favorisent les audiences urbaines et grand public. En Zambie, plusieurs journalistes ont décrit les sujets sur les communautés marginalisées comme régulièrement écartés car jugés "non rentables". En RDC et en Tanzanie, les pressions politiques et juridiques réduisent encore davantage l'espace pour les reportages sensibles.
Il en résulte un écart entre ce que les journalistes savent devoir faire, et ce que le système leur permet de faire.

AGILE soutiendra les médias, les radios communautaires et les organisations locales pour renforcer les pratiques de journalisme inclusif, améliorer l'engagement communautaire et produire une information plus accessible, pertinente et adaptée aux besoins des communautés marginalisées.


Pris ensemble, ces enseignements pointent vers la même conclusion : améliorer l'accès à l'information n'est pas uniquement un défi technique. C'est avant tout une question de langue, de confiance, de représentation et de capacité des communautés à se reconnaître dans les systèmes d'information qui façonnent leur quotidien.
La cartographie va bien au-delà de ces cinq constats, elle comprend une analyse détaillée par pays, des témoignages directs de membres de communautés et de journalistes, ainsi que des recommandations pratiques à destination des organisations médiatiques, des bailleurs et des praticiens du développement.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter le résumé ou le rapport complet.

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