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Itinéraire d’une journaliste en mouvement : Charvine Mabiala, apprendre, vérifier, enquêter

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Elle a appris sur le tas, puis structuré sa pratique : Charvine Mabiala incarne une génération de journalistes congolais qui se forment en continu pour faire face au défi majeur de la désinformation. 
 

Dans la lumière douce d’un plateau de télévision à Brazzaville, Charvine Mabiala ajuste son micro, esquisse un sourire et lance son sujet en langue nationale. La voix est posée, chaleureuse, presque familière. Rien ne trahit le trac de ses débuts, ni les détours d’un parcours qui ne la destinait pas, à l’origine, au journalisme.

Changer de bureau, changer de vie

Car avant de rejoindre DRTV, Charvine était comptable. Je me suis dit : pourquoi ne pas essayer ?, confie-t-elle simplement. Un pas de côté, anodin à l’en croire, qui l’a pourtant "jetée dans la mare", concède-t-elle. Le premier passage à l’antenne est hésitant, le stress omniprésent. Mais très vite, l’habitude s’installe. Et avec elle, une certitude : informer, enquêter, éclairer les zones d’ombre devient une vocation. 

Aujourd’hui, la journaliste revendique un goût prononcé pour les sujets sensibles, ceux qui dérangent et interrogent. Elle cite, par exemple, une enquête en cours sur une entreprise défiant l’autorité publique, en toute illégalité et par népotisme. On me dit souvent que je prends des risques. Oui, c’est vrai. Mais c’est aussi ça, notre rôle, souligne-t-elle. Derrière cette détermination, une exigence : celle du travail bien fait, structuré, vérifié.

La fabrique de la rigueur

C’est précisément sur ce terrain que les formations de CFI ont marqué un tournant. D’abord en ligne, presque par hasard. Je ne sais même plus comment je suis tombée dessus, sourit-elle. Puis sur le terrain, dans le cadre du projet Infolisango, financé par l’Union européenne.

Déployé entre 2024 et 2028 en République du Congo, ce programme accompagne dix médias de Brazzaville et Pointe-Noire autour de plusieurs axes : fondamentaux du métier, vérification de l’information, journalisme en contexte sensible, sans oublier un accompagnement in situ et la production d’un guide électoral. 
Pour Charvine, l’impact est immédiat.

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Douter pour mieux informer

J’étais entrée dans le métier sans en maîtriser les bases, reconnaît-elle. 
Les modules suivis lui apportent une structure, des repères. Éthique, déontologie, hiérarchisation de l’information : autant de notions désormais intégrées à sa pratique quotidienne. Mais c’est surtout la formation à la vérification de l’information qui agit comme un révélateur. 
Avant, je partageais sur les réseaux sans vérifier, reconnait-elle. Dorénavant, je sais où chercher, comment analyser une image, distinguer le vrai du faux.

Lors des sessions en présentiel, l’échange avec le formateur Lassina Niangaly renforce encore cet apprentissage. Il nous a appris à toujours croiser les sources, principalement primaires et secondaires, explique Charvine. Une rigueur qui se traduit concrètement dans ses reportages. Elle cite celui consacré aux pratiques abusives de certains chauffeurs de taxi : J’ai interrogé les clients, les conducteurs, leurs associations, les consommateurs. Chacun a pu s’exprimer.

Au-delà des méthodes, ce sont aussi de nouveaux outils que Charvine s’approprie. Applications de montage comme VN, outils d’intelligence artificielle tels que ChatGPT ou Perplexity : la journaliste gagne en autonomie. Aujourd’hui, je peux tout faire seule, de la rédaction au montage, avec mon téléphone.
Résultat : un travail plus fluide, mieux structuré, salué par sa hiérarchie.

Tenir la ligne

Dans un paysage médiatique congolais confronté à la rapidité de circulation des informations et aux défis de la désinformation, cette montée en compétences apparaît essentielle. La moindre information se propage à une vitesse incroyable. C’est un vrai défi, s’exclame la journaliste. 
Pour elle, la réponse passe par la formation continue et l’adaptation aux nouvelles technologies… précisément ce que propose Infolisango !

Charvine Mabiala avance désormais avec une ambition claire : évoluer, s’imposer, "se faire un nom", pour reprendre ses propres mots. Sans jamais perdre de vue les fondamentaux. Aux jeunes journalistes, je dirais : respectez l’éthique, ne cherchez pas le sensationnel.
Une ligne de conduite qu’elle applique avec constance, portée par une énergie solaire et une conviction tranquille. Dans le tumulte de l’information contemporaine, sa voix trace un chemin exigeant mais résolument ancré dans son époque ; celui d’un journalisme à la fois engagé, formé et en perpétuelle évolution.