Virginie Améké, “maman” attentionnée et rigoureuse des journalistes

20 mai 2021

Au Togo, Virginie Améké, 60 ans, est la directrice du Centre de formation et de recyclage en communication (CFRC). Aux petits soins pour son équipe et pour les journalistes formés, elle sait aussi se montrer exigeante.
Portrait réalisé par Emmanuel de Solère Stintzy.

C'est une grande joie de te parler ! Un compliment accueillant, presque maternel, pour l'étranger et un éclat de rire spontané, presque enfantin, pour commencer notre entretien. Quand elle était petite, Virginie Améké, l'actuelle directrice du Centre de formation et de recyclage en communication (CFRC) au Togo, voyageait grâce aux livres : Je n'avais jamais pensé au journalisme. J'aimais plutôt lire, savoir ce qui se passait sous d'autres cieux. 
Sa formation d'administrateur, spécialité politique documentaire (bac +5), lui permettra ensuite de voyager dans la réalité et de se former notamment en France.

Mais, c'est au Togo que Virginie choisit de faire fructifier ses connaissances. Nommée en 2011 à la direction des affaires administratives et financières du département culturel au ministère de la Culture, elle devient ensuite directrice du CFRC en 2014. La rigoureuse responsable commence par mener un état des lieux sans concession : Certains se disaient journalistes, alors qu'ils n'avaient aucune formation, uniquement quelques années à l'université... Ils y avaient échoué et prenaient le micro... Il y avait du boulot !

"Comme une famille"

À 60 ans, Virginie Améké, avec ses diplômes et son impressionnante carrière dans la haute administration, mépriserait-elle les “petits” journalistes ? Vous n'y êtes pas du tout ! Depuis 2018, grâce à CFI et au projet Médias Togo, j'ai peut-être appris plus que les autres sur le journalisme ! Il m'a fallu vraiment bosser pour être au même niveau que les journalistes ! 
Journaliste et formatrice, Sophie Ekoué confirme : Lors de la formation des formateurs, Virginie remplissait chaque jour des cahiers et des cahiers de notes. Maintenant, elle n'accepte plus n'importe quel projet de formation de pseudos “grands journalistes”. Elle exige un projet bien écrit, avec des objectifs et des livrables précis.

Rigoureuse, Virginie Améké est aussi attentionnée. Tout le monde l'appelle “Maman” ! Lors des formations, elle sert même le déjeuner aux participants, observe encore Sophie Ekoué. Démasquée, la joviale Virginie se remet à rire : J'ai un côté directrice rigoureuse qui s'impose et un autre côté “maman”. J'aime mettre la personne en confiance pour l'aider à donner ce qu'elle peut et pour obtenir mes résultats. 
De quoi rendre jalouse sa propre fille, Mirinda-Marc Améké, épouse Port ? Pas vraiment : Maman considère ses collègues comme une famille. C'est dans sa nature de leader d'aimer voir évoluer son entourage.

À quelques mois de la retraite, Virginie Améké apprécie ainsi le chemin parcouru par son équipe : La dizaine de membres du CFRC a beaucoup progressé dans sa façon de mettre en place les formations, d'accueillir et de suivre, comme si nous étions en famille, les journalistes participants. Nous ne les abandonnons pas ! Et eux reviennent régulièrement au CFRC. Devenus formateurs, certains nous disent que grâce aux formations, ils ont été applaudis par leurs étudiants ! En exigeante mère de famille nombreuse, Virginie Améké souhaite à présent prendre soin d'autres “enfants” et former les techniciens et les journalistes de l'intérieur du Togo.

Virginie Améké, tout sourire
Virginie Améké, tout sourire, avec des cinéastes en formation au CFRC.

 

Dans 10 ans…

Retour aux sources ou plutôt aux livres et aux jeunes. Plusieurs personnes imaginent déjà Virginie Améké au milieu d'enfants et de bouquins, quand elle sera à la retraite, d'ici quelques mois. Dès le berceau, j'aimerais permettre aux tout-petits Togolais de toucher les livres pour leur en donner le goût. Mais, après avoir beaucoup appris sur les médias, la directrice du CFRC n'exclut pas de garder aussi un pied dans cet univers là. En proposant des émissions sur la culture et la lecture ou en écrivant un livre pédagogique sur le journalisme ? s'interroge encore la première concernée.

Résolument optimiste, elle imagine à l'avenir des médias togolais davantage structurés en entreprises de presse et des journalistes détenteurs de la carte de presse mieux formés. Quand elle reparle d'elle, Virginie hésite : Il me faut un peu de repos et, en même temps, la “maman” que je suis doit rester active pour les jeunes ! J'aimerais offrir un repas par jour aux enfants de la rue et leur faire sentir qu'ils ne sont pas abandonnés pour qu'ils prennent conscience de leur valeur.