Moussa Diallo, des images plein la tête H24

Moussa Diallo, des images plein la tête H24

13 septembre 2021

Moussa Diallo, 38 ans, est auteur scénariste sénégalais et réalisateur en devenir. Curieux, observateur et en même temps résolument tourné vers l'action, il se consacre à plein temps à sa passion.
Portrait réalisé par Emmanuel de Solère Stintzy.

Dans les rues sénégalaises, ne vous formalisez pas si Moussa Diallo, 38 ans, ne vous salue pas... Auteur scénariste et réalisateur prometteur, Moussa vit parfois dans sa bulle, à la recherche d'histoires, de personnages et d'images pour le cinéma ou la télévision : Quand je me lance dans un projet, j'y travaille ‘‘H24’’, même en marchant dans la rue. Avec mon souci de bien faire, je ne dors jamais la veille d'un tournage...
Mais, d'où lui vient cette énergie, cette "envie de réussir", comme il dit ? Moussa Diallo explique avoir grandi dans un entourage souvent dépassé par son insatiable curiosité... Les armes, les arrestations, l'action, le suspense... J'ai baigné là-dedans enfant, car mon papa était gendarme. Même s'il me l'interdisait, je m'approchais parfois des détenus pour discuter avec eux, se souvient Moussa.

Dans l'observation et l'action non-stop, le jeune homme arrête le lycée avant son bac et semble à deux doigts de basculer du côté obscur de la force... Une nuit, mon ancien prof m'a pris en photo pendant une bagarre lors d'une soirée en discothèque. Il m'a dit : ‘‘C'est pas toi ça !’’ 
Prof de maths et gérant d'un studio de montage/location de caméras, Doudou Haydara, initie alors le jeune Moussa aux images : Pendant cinq ans, je suis allé en reportage. Quand je filmais des mariages, j'observais les fiancées pas amoureuses ou les futurs époux sans moyens de prendre en charge leur future famille... Cela m'a encouragé à raconter ces histoires. J'ai ensuite filmé des clips vidéo de hip-hop et des films de théâtre populaire.

citation diallo


Me former aux États-Unis ou en France

De son envie d'écrire des choses pour lui naîtront par la suite plusieurs scénarios, notamment son premier court-métrage (Cette nuit-là, primé au ‘‘Clap Ivoire’’ 2011 à Abidjan) et Justice Divine dont est inspirée Tundu Wundu (L'antre des chats, saison 2), prix de la meilleure série au Fespaco 2017 (Burkina Faso).
Producteur-réalisateur, Abdoulahad Wone a aussitôt été séduit par cette histoire et par Moussa, prêt à se sacrifier pour réussir. Créatrice de la série panafricaine Renaissance (d'après une idée originale d'Alexandre Rideau), Anna Gomis confirme : Moussa peut retravailler les textes et les séquences de 22h à 4h du matin !
Scénariste elle aussi, Dialika Sané a co-écrit avec Moussa et d'autres auteurs la série Wara (Les Fauves, coproduit par l'Agence Française de Développement et TV5 Monde, en partenariat avec l'ONG sénégalaise Réseau africain pour l'éducation et la santé (RAES) : Moussa est un ‘‘profiler’’, avec un grand sens de l'observation et énormément d'imagination ! Quand il a une idée, il vous écrit à 3 heures du matin et vous entraîne avec lui ! ...il sait l'émotion que doit dégager chaque personnage.

Moussa Diallo reconnaît avoir beaucoup appris ces dernières années, notamment grâce à CFI : Les ateliers d'écriture (du projet Écrire et produire en Afrique), m'ont appris la multiplicité des points de vue pour donner de la vie à mes films. Sur Wara, j'ai appris à écrire à plusieurs scénaristes de différents pays. J'aimerais à présent structurer mes connaissances et obtenir une bourse pour me former aux États-Unis ou en France.
L'apprenti réalisateur se rapprocherait ainsi de ses idoles Tarantino, Besson et Hitchcock, maîtres de l'action et du suspense. L'enthousiasme du fiston a même fini par convaincre Mbaye Diallo, son père gendarme : À l'époque, compte tenu de son intelligence, je m'attendais à le voir faire des études supérieures, mais je suis agréablement surpris par son évolution. Moussa a même aidé ses frères à entrer dans son métier. Un air de famille à la Klapisch qui donne aujourd'hui des idées cinéphiles d'entreprendre ensemble à Moussa…

Dans 10 ans...

Tous sont unanimes. Dans dix ans, Moussa Diallo réalisera ses propres films. Il aime déjà écrire et a la volonté et l'imagination. Moi j'étais monteur avant de devenir réalisateur. On progresse au fur et à mesure des projets, souligne le producteur-réalisateur, Abdoulahad Wone. La créatrice de séries Anna Gomis encourage Moussa à davantage oser rencontrer les réalisateurs sur les plateaux : En tant que scénariste, il sait l'émotion que doit dégager chaque personnage.
Scénariste comme Moussa, Dialika Sané, le voit écrire et réaliser des thrillers politiques, des films d'action ou des films engagés. Drogués stigmatisés, famille d'un politicien enlevée... Il est vrai que jusque-là, Moussa Diallo n'est pas vraiment coutumier des sujets légers : Il existe encore plein d'histoires traditionnelles dans nos tiroirs, mais j'aimerais que mes films soient une fenêtre ouverte sur le monde.

Dans dix ans, Moussa espère ainsi qu'il se sera formé au contact de réalisateurs et d'écoles de cinéma à l'étranger : Je dois être sûr de mes armes à 100 %, pour créer une maison de production (éventuellement familiale, Ndlr) et réaliser des films à la TV et au cinéma.