Mohamed Taieb Chmengui : Dream FM ou le rêve d’une radio indépendante pour les citoyens tunisiens

12 février 2021

À l’occasion de la Journée mondiale de la radio du 13 février, CFI vous propose de découvrir les parcours de trois journalistes radio de RDC, Syrie et Tunisie.

En Tunisie, le paysage médiatique se limite souvent aux grands médias nationaux. Une situation que souhaite contrer Mohamed Taieb Chmengui, fondateur de Dream FM, une radio de proximité citoyenne au Kairouan tunisien.
Portrait réalisé par Lou Mamalet.

Du haut de ses 33 ans, Mohamed Taieb Chmengui anime Dream FM, radio associative et citoyenne tunisienne qu’il a également co-créée, et qui diffuse l’actualité culturelle, politique et sociétale du gouvernorat de Kairouan. Un métier auquel n’était pourtant pas prédestiné cet ancien étudiant en génie mécanique qui possède un Master en énergies renouvelables, comme il le dit lui même. "En tant qu’étudiant, j’ai trouvé la vie associative très importante et comme je n’étais pas doué pour la politique, j’ai préféré m’engager à travers le journalisme au sein d’un média de proximité."
Ayant déjà acquis une petite expérience d’animateur radio pour l’émission musicale d’une station commerciale pendant ses études, il décide de renouveler l’expérience en lui apportant cette fois-ci une dimension plus citoyenne et engagée :
"J'ai toujours pensé que la radio pouvait représenter plus qu’un simple divertissement mais aussi être un moyen de changer le monde."

C’est alors qu’il créée Dream FM, en 2016, avec des collègues d’une association culturelle régionale dans laquelle il anime différentes activités. Au même moment, l’HAICA (Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle) en Tunisie ouvre un appel à candidatures pour fournir des licences de diffusion aux radios émergentes. Ces derniers postulent et remportent le concours, marquant le début de leur rêve sur les ondes.

Un média citoyen engagé

Dans le gouvernorat de Kairouan qui comporte 600 000 habitants et dont 75% de la population travaille dans l’agriculture, la radio s’impose comme un moyen privilégié pour communiquer et sensibiliser. Très rapidement, Dream FM devient un média de développement local et de sensibilisation, comme l’explique l’animateur :
"Pour garantir la liberté d’expression, on a besoin d’une diversité d’informations et c’est pour cela qu’on a voulu laisser la place à des débats qui n’ont pas la chance de se retrouver sur des médias nationaux."

Afin de proposer toujours plus de contenus aux citoyens de Kairouan, les bénévoles de Dream FM s’associent à différents partenaires locaux et internationaux comme Cawtar, Aswatona, l’Ambassade d’Allemagne, le PNUD, l’Institut Français de Tunisie ou encore des organismes tels que CFI :
"L’agence nous a soutenus dans le déploiement de notre couverture médiatique des élections législatives en 2019. Grâce à son soutien financier et stratégique, nous avons pu mettre en place des spots radios pour encourager les citoyens à voter, mais aussi des débats électoraux entre les différents candidats du Kairouan", raconte-t-il.

dream fm

 

Un soutien renouvelé au début de la pandémie de coronavirus, à travers un partenariat qui visait, cette fois-ci, à renforcer la sensibilisation aux risques liés à l’épidémie, ainsi qu’à la vulgarisation d'informations scientifiques, comme le détaille Mohamed :
"Nous nous sommes lancés dans le data journalisme afin de rendre l’information liée à l’épidémie plus accessible à la population, ce qui passait à la fois par des visuels postés sur nos réseaux sociaux, mais aussi des interviews avec des responsables régionaux que nous invitions à s’exprimer à l’antenne, comme le gouverneur du Kairouan, le directeur régional de la poste ou encore le maire de Kairouan."

Mobilisation de la jeunesse

Aujourd’hui, ils sont plus de 26 jeunes bénévoles, étudiants et activistes de la société civile, à œuvrer pour faire de Dream FM une réalité. Une mission qu’ils comptent bien mener à bout, même si les difficultés sont au rendez-vous dans un pays en pleine transition démocratique comme la Tunisie :
"Si la Tunisie reste l’un des pays arabes où la liberté de la presse est la mieux lotie, cela va prendre du temps avant que les médias n’accèdent vraiment à l’indépendance. Les révolutions arabes de 2011 ont voulu la démocratie et celle-ci n’est possible que s’il y a une presse indépendante. Dream correspond à notre rêve de créer un média indépendant qui ait une valeur pour les citoyens. Mais rien n’est acquis, c’est un défi de tous les jours."

À plus court terme, Mohamed souhaite faire passer Dream FM de l’analogique au numérique, ce qui lui permettrait d’étendre sa couverture à l’ensemble du pays et de donner accès à tous les Tunisiens à une information libre et citoyenne.


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