Al Hudood, la satire comme antidote à la censure

Al Hudood, la satire comme antidote à la censure

16 novembre 2021

Al Hudood est un journal satirique jordanien. Ovni médiatique, il est surtout un moyen de contourner les interdits politiques et de repousser les frontières de la liberté d’expression.

C’est en 2013 que le jeune entrepreneur jordanien Isam Uraiqat lance Al Hudood, un média d’information parodique, similaire à The onion aux États-Unis ou Le Gorafi en France, qui traitent de politique et de société sous un angle délibérément irrévérencieux.

hudood syrie
Caricature originale d’Al-Hudood montrant un homme du Golfe disant à un réfugié syrien 'Va en Europe, tu y trouveras des dirigeants qui ne t’opprimeront pas'

En quelques années seulement, il s’est imposé comme un journal alternatif crédible auprès d’une jeunesse ayant perdu confiance dans les médias traditionnels depuis les printemps arabes.
Lo’ai Hazem est caricaturiste politique et a rejoint Al Hudood en 2015. Depuis qu’il est membre de l’équipe éditoriale, il s’attaque à des sujets sensibles comme la corruption, les questions d’égalité entre les genres ou encore de gouvernance au Moyen-Orient, thèmes qu’il aborde sans compromission et avec une grande rigueur. Une mission devenue essentielle à l’heure où les infox abondent sur les réseaux sociaux.
Afin de contrer la propagation des fake news, nous avons lancé les Al Hudood Awards du journalisme arabe en 2017, une récompense qui met en lumière les pires exemples de propagande trouvés dans les médias arabes, qu’il s’agisse de discours haineux incitant à la haine sectaire ou de xénophobie. Nous avons aussi une équipe de fact-checking en interne qui s’occupe de repérer les fausses informations publiées dans la presse régionale et de les corriger. Ensuite, nous les publions sur notre version papier ou numérique, explique le caricaturiste.

Si les révolutions arabes ont permis de créer le terreau fertile à l’apparition de médias comme Al Hudood, il n’empêche que le journal suscite parfois la controverse à la publication de certains articles, ce que raconte Lo’ai : Nous avons beaucoup écrit sur Daech ou sur les tabous de la culture islamique, ce qui nous a valu des Notre objectif avec la satire est d’ouvrir le dialogue.menaces et des discours haineux. Cependant notre objectif avec la satire n’est pas de blesser l’opinion des autres, mais de donner la nôtre afin d’ouvrir le dialogue.
La nature satirique d’Al Hudood lui permet de parler plus facilement de sujets délicats dans la région, comme la religion ou la politique, et de contourner les sévères restrictions à la liberté d’expression qui demeurent actuellement en Jordanie. Une liberté également apportée par son modèle économique, qui s’appuie principalement sur des partenariats avec des organisations internationales et locales en phase avec ses valeurs, lui évitant ainsi d’être dépendant des pouvoirs en place comme les autres médias, et donc d’être soumis à la censure.
Il y a deux ans, Al Hudood a décidé d’aller plus loin en formant des journalistes au style satirique. Une formation de cinq jours réalisée en partenariat avec CFI et ouverte aux jeunes souhaitant découvrir les bases de la satire.
Un cursus qui, s’il est proposé uniquement en Jordanie pour le moment, pourrait s’étendre à d’autres pays du monde arabe afin de créer une nouvelle génération de caricaturistes.


À travers les témoignages, les portraits de journalistes et les aventures humaines de notre série Aswat Jadida (Nouvelles voix, en arabe), découvrez dix années d’appui au développement des médias dans le monde arabe.

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