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Sous haute tension : énergie, Europe et désinformation. Des journalistes moldaves en visite d’étude en France et en Belgique

Entre crise énergétique, urgence climatique, tensions géopolitiques et élargissement de l’Union européenne, l’information qui circule dans l’espace public est parfois exposée à des récits mensongers. Déformée, et parfois amplifiée par des influences étrangères, elle peut devenir un outil de manipulation. Dans ce brouillage des repères, les journalistes jouent un rôle essentiel en tant que médiateurs de l’information.

En soutien aux médias moldaves qui luttent contre ce fléau des démocraties, CFI a organisé deux visites d’étude en France et en Belgique en juin 2026.

Dans le cadre du projet Renforcement démocratique des médias en Mer Noire, ces visites ont bénéficié à près de trente journalistes moldaves. De Bruxelles à Paris, en passant par Reims et Metz, le groupe a rencontré des responsables européens, spécialistes, des autorités de la régulation, des acteurs et actrices du secteur énergétique et professionnels et professionnelles des médias.
L’objectif de ce dense agenda qui a amené le premier groupe (10 journalistes) à Paris et Metz du 1er au 5 juin, et le deuxième (18 journalistes) du 8 au 12 juin à Paris et Bruxelles : mieux comprendre d’une part les mécanismes qui régissent aujourd’hui le marché de l’électricité et d’autre part le dispositif institutionnel de l’Union européenne (UE), pour favoriser un traitement plus critique, pédagogique et mieux documenté de ces sujets dans l’espace public moldave.

Comment produit-on l’électricité en France ? En quoi cette production diffère-t-elle de celle de la Moldavie ? Comment fonctionne le processus d’adhésion à l’UE ? Et pourquoi ces sujets deviennent-ils des cibles privilégiées de la manipulation de l’information ? 
Nous avons dégagé les principales problématiques qui ont structuré les visites...

Qui décide du prix de notre électricité ?

Le nucléaire représente environ les deux tiers de la production d’électricité en France, complété par les énergies renouvelables, l’hydroélectricité et, dans une moindre mesure, la biomasse. Grâce à ce mix énergétique largement décarboné, le pays bénéficie d’un haut niveau d’indépendance énergétique.

Dans leurs échanges avec des équipes d'Enedis, gestionnaire du réseau de distribution, les journalistes ont pu découvrir les avantages des compteurs intelligents Linky dans l'adaptation du système à l'essor des énergies renouvelables, dans la digitalisation du système électrique et dans l'émergence des consommateurs-producteurs d'électricité. Financer et développer des projets photovoltaïques ne se joue pourtant pas qu’au niveau des autorités nationales et des entreprises : des initiatives locales, comme les projets photovoltaïques citoyens portés par Énergie Partagée à Étréchy, avec les collectivités territoriales en ont permis de mesurer tous les avantages. 

Le groupe s’est ensuite rendu à Metz pour rencontrer les responsables de l’UEM (Usine d’Électricité de Metz) et découvrir son modèle qui combine production locale, réseaux de chaleur alimentés par la biomasse, centrales hydroélectriques et autoconsommation collective.

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Entre intervention publique, concurrence de marché et régulation indépendante, le secteur énergétique français repose sur un équilibre en constante évolution. Les échanges avec le sénateur Vincent Delahaye, les experts et expertes du ministère français de l'Europe et des Affaires Étrangères (MEAE), les représentants de la bourse européenne de l'électricité Epex Sppor et ceux de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) ont éclairé la complexité de ces mécanismes peu connus du grand public.

Et l'Union européenne dans tout cela ?
Grâce aux interconnexions et aux échanges transfrontaliers, les marchés de l'énergie fonctionnent désormais à l'échelle européenne. Cette intégration est l’occasion pour les États de mutualiser leurs ressources, de renforcer leur sécurité énergétique et de mieux absorber les fluctuations du marché, pour garantir un approvisionnement fiable à des prix aussi stables que possible.

Au bout du compte – et au bas de la facture – la résilience énergétique ne dépend pas seulement de la robustesse des infrastructures ou de la diversification des modèles. Elle repose tout autant sur la qualité de l'information accessible aux citoyens que sur la capacité des institutions à expliquer leurs choix avec transparence et cohérence.

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Comment devient-on membre de l’UE : dépouiller un processus technique et politique complexe ?

Pour approfondir la compréhension des enjeux de l’intégration européenne et accompagner les professionnels des médias moldaves dans l'intégration des approches plus documentées sur l’élargissement de l'Union européenne dans leur travail éditorial, les personnes participantes ont rencontré à Bruxelles des représentants de plusieurs institutions européennes, notamment : Direction générale de l'élargissement et du voisinage oriental (DG ENEST), Comité de la politique de voisinage et de l’élargissement au sein du groupe PPE, ainsi que la Représentation permanente de la France auprès de l'UE.
Ces échanges ont souligné les progrès significatifs de la République de Moldavie dans la mise en œuvre des réformes, l’importance du dialogue politique et des relations bilatérales avec les pays de l’UE, la préparation aux prochaines étapes des négociations. L’ouverture officielle des négociations avec le 2e sommet UE-Moldova à Bruxelles (le 22 juin) - moment symbolique et politique important pour les relations entre la République de Moldovie et l'UE, a représenté un sujet clé de ces entrevues.

Moment fort de la visite, le dialogue avec l’Ambassadrice de la République de Moldovie auprès de l’UE, Mme Daniela Morari, a donné aux journalistes une vision plus concrète des étapes suivantes des négociations, la capacité du pays à mettre en œuvre des réformes, à gérer des défis et à maintenir le soutien nécessaire pour l’adhésion à la fois à l'intérieur du pays et dans les États membres.

Les personnes présentes ont eu l'occasion de s'informer sur les perspectives et les principaux enseignements tirés de l'expérience du Monténégro, État candidat à un stade avancé des négociations d'adhésion à l'Union européenne, dans le cadre des rencontres organisées à la Mission du Monténégro auprès de l'UE et à Carnegie Europe.
Dans la continuité des discussions engagées à Bruxelles, les journalistes ont rencontré à Paris des représentants du MEAE et du Sénat. C’était l’occasion de mieux comprendre la perspective française sur les enjeux de l’intégration européenne des pays candidats dans le voisinage oriental, la coopération avec les autorités moldaves, ainsi que l’importance du renforcement de la résilience institutionnelle et la lutte contre la propagande.

La visite d’étude a favorisé des réflexions communes entre les journalistes moldaves et les professionnels et professionnelles des médias européens et français, sur les enjeux de la désinformation et le rôle du journalisme dans la consolidation de l’espace démocratique européen. Les discussions à l’Agence France Presse, France Télévisions, France24, ont mis en avant les défis liés à la couverture journalistique des institutions européennes et l'importance du développement de réseaux solides pour accéder à une information pertinente.

Des médias libres et puissants pour dénoncer la désinformation

Parce qu'ils touchent directement au pouvoir d'achat, à la sécurité, à l'identité nationale ou encore aux choix géopolitiques des États, les thèmes abordés – énergie et intégration européenne - se prêtent facilement à la diffusion de récits simplificateurs, trompeurs ou manipulés. La guerre en Ukraine, les tensions internationales et les campagnes d'influence étrangères ont encore creusé cette vulnérabilité qui fragilise les démocraties.

Face à l’impératif de transparence et de dialogue attendus des États, et la méfiance d’un public fragilisé par la désinformation, le rôle des journalistes ne se limite plus à celui de debunker : il s’affirme aussi comme traducteur et déchiffreur d’une information complexe, en France comme en Moldavie.

Au terme de ces visites, les bénéficiaires ont retenu une leçon essentielle : la résilience démocratique ne dépend pas seulement de la solidité des institutions ou des infrastructures ; elle tire sa force de la qualité de l'information véhiculée dans l’espace public et de la capacité des journalistes à déjouer la désinformation, en travaillant sur la pédagogie.


D’autres actions du projet Renforcement démocratique des médias en Mer Noire, financé par le ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères et mis en œuvre par CFI, en partenariat avec les Ambassades de France en République de Moldavie, Roumanie et Bulgarie, poursuivront cet objectif jusqu’en août 2027.